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Comment gérer l'instinct, selon Mounier (critique de Freud) - Emmanuel Mounier

Pour Freud, l'instinct est la seule matière de notre psychisme. On peut y voir une façon complaisante de mettre l'homme face à un péché inexorable. Pour lui, le salut est impossible.

Par contre, s'il est vrai que l'homme agit par ses instincts, l'excès de la réaction à ceux-ci devient un excès de l'esprit. Freud a décrit les dégâts provoqués par une opposition excessive. Bien qu'il n'ait pas vu que celle-ci relève elle-même d'un autre instinct : celui du repli et de la sécurité.

Entre la complaisance et l'opposition, il y a cependant une voie constructive.

L'ascèse morale n'est pas une opposition morbide, telle que Freud l'a crû, car elle contient le torrent de l'instinct sous une pression mesurée.

Il faudrait étudier, avec autant d'attention, les effets de l'indiscipline qui bloque l'instinct dans sa marche vers une libération normale, et le désagrège prématurément dans des manifestations anarchiques, surtout dans les grandes villes, ou les sollicitations sont plus vives et plus fréquentes.

L'instinct doit-être accompagné et subordonné aux centres supérieurs, qui lui donnent alors une étoffe.

Il est alors pénétré de toutes parts par les activités supérieures, et ne ressemble plus à une force impersonnelle et brutale.

Il prête aussi à notre activité une puissance d'effets et une richesse irremplaçable. Il donne de la robustesse aux intentions adolescentes, du muscle aux honnêtes gens.

On n'arrive à rien, disait Toqueville, si on n'a pas le Diable au corps.

Mais si l'instinct reste pour lui-même, il est une force vive qui s'essouffle vite et reste inféconde parce qu'avortée.