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« Le "Jugement Dernier", ne peut, ne pourra se faire, QUE sur les paroles dites en tous les temps par les hommes et les responsables des diffusions qui ont conditionné le monde, au TEST du Testament du Christ qui l'a ré-digé au commencement pour qu'en Fin il s'ouvrit et con-Fonde toute la Dispersion, cette "Diaspora" "tra-issante" ou trahissante à travers l'Ordre Divin de Rassemblement. Qui, quelle religion, quelle académie, quelle initiation, s'est voulue assez large de coeur et d'esprit pour rassembler toutes les brebis égarées de la Maison d'Israël, c'est-à-dire, non pas le pays des juifs, mais la Maison de Dieu qu'est le Verbe par TOUT : IS-RA-EL : "l'Intelligence-Royale-de Dieu", contre laquelle l'homme doit "lutter", "l'emporter" (de la racine hébraïque sârôh), ce qu'est en vérité l'antique Iswara-El, cette "Agartha" invisible, enfouie dans les profondeurs de la "Terre", c'est-à-dire de l'Homme, dans ses ténèbres. »

André Bouguénec, Entretien avec l'homme, article Qui est Judas ?

 

 

 

Catholicisme social (notes) - Varia

Catholicisme social

Le catholicisme social est un courant de pensée qui apparait au XIXe siècle, qui a été à l'origine de très nombreuses fondations associatives et syndicales. Ce courant de pensée prend racine avec la question sociale au moment de l’industrialisation qui provoque une transformation rapide de la société avec l'apparition du travail ouvrier et le développement du salariat.

Tout ce qui s'est greffé sur ce courant de pensée ne peut être recensé de façon exhaustive et trop nombreux sont ceux et celles qu'on peut qualifier de « catholiques sociaux », mais les étapes de son histoire au cours du XIXe siècle et du XXe siècle révèlent une évolution dans les approches à mesure que la salariat devient la norme du travail.

Parmi l'ensemble des fondations, on peut compter notamment de nombreuses réalisations à caractère charitable : dans le domaine du travail (syndicats ouvriers), de la santé (structuration des services de santé des infirmières), de la famille (colonies de vacances), etc.

 

Chronologie du concept

Début du XIXe siècle

Un « premier » catholicisme social[D 1] a existé dès le début du XIXe siècle sans toutefois en avoir encore le nom ni former un mouvement unitaire. Il naît progressivement après une lente et double prise de conscience de la part des catholiques : celle de la question sociale que l’industrialisation du pays va rendre de plus en plus aiguë et dramatique, et celle que le progrès, la rénovation et l’amélioration de l’humanité sont non seulement une réalité historique mais qu’ils ont leur source dans le christianisme. Ce courant d’idées, contemporain et rival du socialisme, culmine en 1848 avec la révolution de février, avant de marquer le pas sous le Second Empire.

 

Les années 1870-1890

Sa naissance en France est traditionnellement liée à la fondation en 1871 des « Cercles catholiques d’ouvriers » et de « l’Union des œuvres ouvrières catholiques » par Albert de Mun et Maurice Maignen, dans le contexte de la mise en place de la Troisième république.

Réapparu après 1871, il prend de l'ampleur et prépare en quelque sorte la « doctrine sociale de l'Église » dont l'encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII publiée en 1891 est l’acte fondateur. L’expression « catholicisme social » est adoptée plus tardivement, aux environs de 1890.

 

Division entre traditionalistes et libéraux

La minorité de catholiques qui s’intéresse alors à la question ouvrière, est dispersée et provient de multiples horizons qu’on peut classer en deux courants de pensée politiques différents. Le premier, celui des milieux conservateurs (traditionalistes, contre-révolutionnaires, légitimistes) reste tourné vers le passé : ces hommes rejettent l’individualisme, considérant que la société est organique et que les groupes intermédiaires y tiennent une place essentielle. Ils nient donc les droits des individus et cherchent des remèdes dans l’étude de la société de l’Ancien Régime. Ce courant est représenté sous la Restauration par des personnes comme Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Chateaubriand, ou des personnalités moins connues comme Blanc de Saint Bonnet à Lyon. Sous la monarchie de Juillet, Villeneuve-Bargemont, le préfet du Nord par ses rapports au ministère, attire l'attention sur le problème social, et, à partir de 1838, Armand de Melun, le fondateur de la « Société d'Économie charitable » se détache comme chef de file du mouvement catholique social des milieux légitimistes[D 5],[D

 

À côté, issu parfois au départ de ce premier courant mais rompant avec lui, le courant dit du catholicisme libéral. Il a comme figure de proue Félicité de la Mennais, ainsi que l'ensemble de l'équipe des rédacteurs du journal L'Avenir. Les prises de position sont finalement condamnées par le pape Grégoire XVI qui rédige deux encycliques : la première encyclique, Mirari Vos (1832) est adressée à tous les rédacteurs du journal l'Avenir et la deuxième, Singulari Nos (1834), sous-titrée Les erreurs de Lamennais lui est adressée personnellement. Il marque cependant profondément des hommes comme Henri Lacordaire, Charles Forbes de Montalembert, Charles de Coux, Philippe Gerbet et Frédéric Ozanam qui, après lui, perpétueront une tradition de liberté[2],[D 7]. Tous ces catholiques dits libéraux, « qu'ils voient dans les libertés de 89 un fait irréversible ou qu'ils les jugent porteuses de valeur, ont en commun le refus de l'autorité sans partage, l'attachement aux règles du droit, la méfiance envers un État dont les institutions représentatives et les corps intermédiaires ne limitent pas le pouvoir. Ils récusent l'absolutisme, comme la démocratie autoritaire et le nationalisme antiparlementaire »[3]. Pour eux, l’humanité progresse, « ce progrès a pour germe l'Évangile » et « le catholicisme est à l’origine de tous les perfectionnements sociaux »[D 8]. Ils se rapprochent du peuple, ont conscience de ses besoins. Par exemple de Coux qui, avant Marx, dénonce la plus-value ou Montalembert qui demande le repos hebdomadaire et intervient pour la limitation de la durée du travail des enfants.

Il y a aussi le groupe du socialisme chrétien formé autour de Buchez, un ancien saint-simonien, converti au catholicisme en 1829, qui veut réconcilier le catholicisme et la révolution, en attribuant une origine chrétienne aux principes de 1789[D 9].

En conséquence, au moment de la Révolution de 1848, la situation a évolué, le catholicisme est à nouveau respecté, l’anticléricalisme atténué, « un mouvement de rapprochement s’esquisse entre le prolétariat déchristianisé et l’Église »[D 10].

 

Dans les semaines qui suivent la Révolution de février, ce catholicisme social semble avoir du succès. En grand nombre, les mandements épiscopaux rattachent alors les principes de liberté, d'égalité et de fraternité à l'enseignement évangélique. Mais les troubles sociaux, manifestés par l'émeute du et par les journées de juin, brisent vite ce mouvement.

 

Socle doctrinal officiel : l’encyclique Rerum Novarum, 1891

 

 

Portrait de Léon XIII en 1887

 

 

Les intuitions du premier catholicisme social, les réalisations accomplies, les thèses élaborées dans l’Union de Fribourg, l’influence de prélats comme Henry Edward Manning, archevêque de Westminster en Angleterre ou James Gibbons, archevêque de Baltimore aux États-Unis, alarmés eux aussi par les conséquences de la révolution industrielle, contribuent à renouveler le discours social de l’Église. Leurs idées, longtemps contestées, sont finalement partagées et reprises par le pape Léon XIII et Rerum Novarum est la première encyclique consacrée aux questions sociales que l’Europe et les États-Unis affrontent à cette époque.

Dans ce texte Léon XIII dénonce d'abord les idées « socialistes » et justifie le droit à la propriété privée tout en ordonnant l’usage des biens possédés au bien commun : affranchissant l’homme de la précarité, le droit de propriété est la condition d’une liberté réelle. Mais les excès du libéralisme sont également condamnés et l’intervention de l’État dans l’économie est légitimée. Léon XIII y défend le juste salaire, le droit à constituer des associations professionnelles, la nécessité d’adapter les conditions de travail des enfants et des femmes, le repos dominical… nombre de points qui sont repris par la législation sociale qui se met en place à l’époque. Fondamentalement, son propos vise à réveiller les consciences de ses contemporains et à ouvrir des chemins en vue d’un ordre social qui dépasse l’opposition entre classes, et permette d’établir la société dans la concorde et l’harmonie.

Cette encyclique met en évidence les questions éthiques inhérentes à l’ordre économique et établit la légitimité de l’Église à s’exprimer sur les questions sociales. Elle situe l’Église dans une position critique à la fois envers le socialisme collectiviste et le libéralisme individualiste, position qui restera une constante de toute la Doctrine sociale[12].

 

Jeunesse catholique : l'A.C.J.F. et ses mouvements d'action catholique spécialisés

Une manifestation en Suisse rassemblant la jeunesse chrétienne donne à Albert de Mun l’idée de lancer en 1886 l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) dont le but est de « coopérer au rétablissement de l’ordre social chrétien ».

 

la Jeunesse ouvrière chrétienne française (suivant en cela l’exemple venu de Belgique où l'abbé Cardijn réunit, dès 1912, la première équipe de jeunes ouvriers préalable à la création de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne) s'organise à partir de 1926 et s'affilie l'année suivante à l'A.C.J.F. comme mouvement autonome. Cela provoque une réaction en chaîne de chaque milieu social : la Jeunesse agricole catholique (JAC), la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), la Jeunesse maritime catholique (JMC) et la Jeunesse indépendante catholique (JIC) entrent tour à tour entre 1929 et 1936 au comité général de l'A.C.J.F. Cette spécialisation fait prendre conscience au catholicisme social dont est issue l'A.C.J.F. de l’importance du phénomène de classe sociale et de l’adaptation nécessaire de l’action qu'il en résulte; elle modifie également la structure mais aussi la nature de l'A.C.J.F, chaque mouvement ayant sa propre identité. La généralisation de la spécialisation est à l'origine de ce qu'Alain-René Michel appelle la « nouvelle ACJF »[M 3].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réponses catholiques aux problèmes issus de la paupérisation ouvrière du 19è siècle (appelée globalement "question sociale")

 

Prises de positions par des responsables religieux

Localement, face à des contextes difficiles, certains responsables religieux n'hésitent pas à dénoncer et à proposer des mesures : Selon Paul Guichonnet, « l'effroyable condition dans laquelle végètent les ouvriers d'Annecy est celle de tout le prolétariat des états Sardes dépourvu de toute législation sociale »[5]. Louis Rendu, originaire de Meyrin dans le pays de Gex, évêque d'Annecy (1842-1859) précurseur du catholicisme social, dénonce la misère du monde ouvrier, et des maîtres seuls responsables des conditions de travail, des salaires et des horaires. Il est le premier à préconiser la création dans chaque localité industrielle d'un comité de patronage composé d'un juge-mage, d'un intendant, d'un curé, d'un médecin et de deux membres nommés par le ministre de l'intérieur pour protéger la vie du prolétaire en tant qu'homme. La réponse du ministre estime « qu'il est dangereux de créer des droits aux ouvriers et de les armer contre les chefs d'entreprises industrielles »[6].

Lors des événements de 1848, de nombreux intellectuels prennent position en faveur des libertés sociales, tels Félicité de la Mennais et Frédéric Ozanam.

« Le Sillon a pour but de réaliser en France la république démocratique. Ce n’est donc pas un mouvement catholique, en ce sens que ce n’est pas une œuvre dont le but particulier est de se mettre à la disposition des évêques et des curés pour les aider dans leur ministère propre. Le Sillon est donc un mouvement laïque, ce qui n’empêche pas qu’il soit aussi un mouvement profondément religieux. »[7]

D'abord journal philosophique, Le Sillon devient à partir de 1899 un vaste mouvement destiné à réconcilier les ouvriers et le christianisme. Il fédère puis intègre en 1905 les nombreux « cercles d'études catholiques », où jeunes et prêtres discutent de religion, de société. L’ambiance est nouvelle : la vérité ne tombe pas du haut, de l’institution, c’est l’échange qui prime. L’engouement populaire est rapide et massif : jusqu’à 500 000 membres en France. À cette époque Le Sillon bénéficie de l'appui du pape Pie X et de l'épiscopat français.

Mais trop moderniste et républicain par rapport au reste de l’Église, traumatisée en 1905 par la loi de séparation de l'Église et de l'État, le mouvement est de plus en plus critiqué, notamment parce qu’il affirme l’autorité des chrétiens sur l’Église et non celle du pape et des évêques. Le Sillon est finalement condamné par Rome[8] et se dissout de lui-même. En 1912, Marc Sangnier fonde la Ligue de la Jeune République dans le prolongement de ce catholicisme social.

Encyclique Rerum novarum

Cette encyclique, promulguée par le pape Léon XIII en 1891, inaugure tardivement la doctrine sociale de l'Église catholique. Elle dénonce les excès du capitalisme et encourage de ce fait le syndicalisme chrétien et le catholicisme social.

Cependant le souci n'est plus de former une élite intellectuelle et sociale mais de faire émerger une élite des milieux eux-mêmes en particulier des milieux populaires. L'engagement est non seulement social mais aussi civique et politique et, dans les années 1930, il se fait avec un « glissement à gauche »[M 4]. C'est donc une révision en profondeur de l'approche traditionnelle de l'action des catholiques dans la société qui s'est opérée. Un tel choix de pénétration et de présence accrues dans la vie démocratique du pays fait parallèlement à l'accentuation d'une dimension spirituelle d'évangélisation et d'une tutelle de la hiérarchie n'est pas sans ambiguïté[M 5]. Dès lors de futures crises et controverses sont en germe dans les mutations accomplies.

Ces mouvements spécialisés de l'A.C.J.F comme les cercles d’études du Nord et du Nord-Est, les Groupes d’études du Sud-Est de Marius Gonin et la Chronique sociale de Lyon, le mouvement Le Sillon de Marc Sangnier et d'autres, œuvrent tous, en complémentarité ou en concurrence, pour éduquer toute une génération à la responsabilité sociale et politique[13]. Ils suscitent parmi leurs membres de nombreuses « vocations » civiques et politiques à l'origine de la création et du développement du syndicalisme chrétien et du courant de démocratie chrétienne.

 

 

CFTC

Naissance du syndicalisme chrétien : C.F.T.C., 1919

La volonté de refaire une société nouvelle par des actions temporelles concrètes, débouche naturellement sur l’association et l’organisation professionnelles. Le syndicalisme ne peut cependant naître en France qu'à partir de la loi Waldeck-Rousseau de 1884 qui l'autorise. D’abord tentés sinon par la corporation du moins par le syndicat mixte qui permet la collaboration entre classes rivales, les chrétiens du monde ouvrier comprennent la nécessité d’un syndicalisme autonome face aux syndicats dominés par l'idéologie marxiste de lutte des classes.

Des premières initiatives ont lieu à partir de 1887 dans le Nord, à Lyon et à Paris (par exemple le SECI Syndicat des employés du commerce et de l'industrie). De nombreux autres petits syndicats chrétiens suivent, ils sentent la nécessité d'une coordination et de leur union allait sortir en 1919 la Confédération française des travailleurs chrétiens (C.F.T.C.). À l'origine, la C.F.T.C. regroupe 321 syndicats. Son principe de recrutement est large : elle accueille tous les travailleurs acceptant d'appliquer les idéaux de la morale sociale chrétienne. Elle poursuit l’œuvre des premiers syndicats, en développant les bureaux de placement, les services juridiques, les caisses d’entraide et les services sociaux. En 1920, elle contribue avec d’autres syndicats chrétiens européens à fonder la Confédération internationale des syndicats chrétiens.

Sous l'impulsion de Jules Zirnheld, son premier président qui reste en poste jusqu'en 1940 puis de Gaston Tessier, ce syndicalisme s'affirme face aux confédérations rivales. Malgré son choix pour une voie réformiste et non révolutionnaire, il se heurte aux préjugés conservateurs et aux manœuvres du patronat catholique qui l'accuse de recourir à la lutte de classes. Il choisit de défendre l'indépendance syndicale et la liberté du travail et propose avant même les affrontements sociaux de 1936 un salaire minimum, les allocations familiales, la réduction de la durée du travail, des logements sociaux, les conventions collectives, etc. Les évènements de 1936 et la montée de la première génération formée par la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) lui apportent un sang nouveau et en font une grande organisation ouvrière[LR 5]. En 1937, elle compte 2000 syndicats et 400 000 adhérents.

Sous le gouvernement de Vichy, la C.F.T.C., refusant la « Charte du travail » visant à supprimer les syndicats au profit d'une nouvelle organisation professionnelle, s’auto-dissout et entre dans la clandestinité. Ses dirigeants participent à la résistance, et, lors de la Libération, elle est reconnue comme l'un des acteurs du renouveau national malgré sa rivalité avec CGT dans la représentation des travailleurs.

Un syndicalisme paysan se constitue également entre 1890 et 1900 suscité par les caisses de crédit rural ; il reste cependant mixte, les réalités de classe étant moins évidentes dans le monde rural. Plus tardivement se développe un syndicalisme patronal : dans ce milieu, malgré les efforts de Léon Harmel, le catholicisme social emporte peu de conviction, le besoin de se regrouper n’existe que dans des organismes de pure défense économique.

 

 

 

Les premières colonies de vacances naissent en 1902, notamment à Saint-Malo et au Havre, sous l'impulsion de catholiques sociaux comme Lucie Félix-Faure Goyau, fondatrice de la Ligue fraternelle des enfants de France, à l'initiative de cette action. Les patronages paroissiaux connaissent leur apogée dans l'entre-deux guerres et diffusent la pratique des jeux de plein air et des sports collectifs chez les adolescents. Fondée en 1890, la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France regroupe près de 3 000 clubs en 1937[P 5]. Les actions sont multiformes et souvent pionnières : jardins-ouvriers dès 1891, initiatives en matière de logement - cités (vague de création entre 1892 et 1908) ou coopératives d'habitation ouvrière (exemple en 1907 en Lorraine avec l'abbé Thouvenin), sociétés de crédits immobiliers -, en matière de santé (Œuvre de Léonie Chaptal, Union catholique des services sociaux et de santé créée en 1922 par Marie de Liron d'Airoles, Œuvre de La Goutte de lait du docteur Dufour, etc.)[14].

 

Ces exemples sont loin d'épuiser la variété et le dynamisme des activités qui se multiplient et montrent que le mouvement du catholicisme social accompagne toutes les mutations qui affectent en profondeur la société française dans cette première moitié du XXe siècle. En même temps une spécificité apparaît : il s'agit de moins en moins d’œuvres charitables ou d'assistance, ce que le langage courant appelle « bonnes œuvres », que de la mise en place de véritables services qui veulent éviter l'assistanat et redonner dignité et autonomie aux personnes aidées. Cette « présence et incarnation » et cette volonté de « mettre tout le christianisme dans toute la vie » sont plus que jamais les affirmations fondamentales du catholicisme social[LR 6].

 

De plus, des publications abondantes et variées (l’Action populaire, La Chronique sociale, Témoignage chrétien, les Études, Le Sillon, La Croix, Temps présent, etc.) ont donné une large audience à ses idées et à ses réalisations. Le mouvement a donc contribué à ce que la doctrine sociale de l’Église aille plus avant dans sa prise en compte des données économiques et sociales et dans son incitation à œuvrer pour plus de justice. Enfin, il a donné, en particulier au travers de l’Action catholique spécialisée, un « nouveau printemps »[LR 8] à l’Église de France, et a posé la question de « l'existence d'un laïcat catholique comme acteur à part entière de la vie de l'Église, traditionnellement bâtie et hiérarchisée autour du sacerdoce »[M 6].

 

Après 1945, déceptions, tensions et interrogations

L'objectif initial et permanent du catholicisme social est de « refaire une société chrétienne ». Malgré le bilan positif de la période précédente, le but pas réalisé selon Denis Pelletier qui évoque l'« utopie d'une reconquête de la société par l'engagement social et missionnaire » et souligne une contradiction entre « une affirmation d'étrangeté au monde moderne, matérialiste et athée » et « la participation sur le terrain à la transformation de la société »[P 10].

La contribution des catholiques sociaux à la vie de l'église et la vie de la cité se poursuit et s'intensifie après la guerre. Leurs « organes font presque figure dans l'Église d'institutions officielles » et surtout ils sont nombreux et aux premiers rangs parmi les « reconstructeurs » du pays[LR 9]. Ce double succès ne s'accompagne cependant pas d'une rechristianisation du pays et il n'est pas sans ambiguïtés. Des signes de difficultés apparaissent de plus en plus : la présence des catholiques non seulement sur le terrain social mais aussi sur celui du politique, la question de la dé-confessionnalisation de leurs créations, le débat sur l'autonomie de leur action ou sa dépendance par rapport à la hiérarchie, le renouvellement et l'élargissement des thèmes de réflexion, autant de sujets qui marquent cette période et qui s'accompagne de tensions, de conflits et de crises. Selon la formule de Denis Pelletier, le dispositif « vacille entre la guerre et la fin des années cinquante et concile Vatican II »[P 11]. Depuis, à l'heure d'une sécularisation affirmée et acceptée, entre repli ou renouveau, entre disparition ou dilution, l'état des lieux du catholicisme social est à établir[17].

 

Œuvres caritatives et sociales anciennes et nouvelles

Une nouvelle génération d’œuvres caritatives et sociales naît après la guerre, elles s'ajoutent aux anciennes ou les remplacent, confirmant que le catholicisme social a définitivement dépassé le stade de la charité privée.

Certaines œuvres, mises en place depuis longtemps, montrent une vitalité retrouvée dans cette période d'après guerre. Les Équipes Saint-Vincent, les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul se tournant vers les formes nouvelles de pauvreté, l'Ordre de Malte auprès des sinistrés et malades, les Orphelins apprentis d'Auteuil dans leur œuvre d'accueil et d'éducation, le Nid qui combat pour la dignité de la femme et la disparition de la prostitution en sont des exemples. La dimension internationale, que certaines acquièrent, atteste de leur efficacité et de leur adéquation mais aussi du rôle d'exemple que la France a en matière de catholicisme social.

La liste des initiatives nées alors est longue, parmi elles, on peut citer l'Œuvre de Raoul Follereau pour les malades atteints de la lèpre, la fondation par Armand Marquiset des Petits frères des pauvres pour les personnes abandonnées par leur famille, notamment les vieillards et plus tard de « Frères des Hommes ».

Tranchant « par leur ampleur et les fortes personnalités de leurs fondateurs respectifs, le Secours catholique de Monseigneur Rodhain et les Compagnons d’Emmaüs de l'Abbé Pierre ». Le Secours catholique est créé en 1946, il intervient non seulement auprès des familles démunies du pays mais aussi en cas de grandes catastrophes et son aide d'urgence se dirige parfois au-delà des frontières comme au moment de l'insurrection de Budapest en 1956. L'abbé Pierre devenu député M.R.P de Meurthe et Moselle de 1945 à 1951, lance son cri d'alarme à l'occasion du très dur hiver de 1954. C'est le point de départ des Compagnons d’Emmaüs, œuvre spécialisée dans l'aide au logement et l'accession des mal-logés à la propriété[CH 10].

 

En 1937, l'abbé André-Marie Talvas, fait la connaissance de Germaine Campion, prostituée et alcoolique. L'abbé parvient, à force d'écoute et de patience, à la sauver de la prostitution d'abord et de l'alcool ensuite. De ce sauvetage naîtra la volonté commune de lutter contre les deux fléaux dont Germaine fut victime. Leur première initiative commune sera de créer en 1937 le groupe l'Entraide pour venir en aide aux alcooliques. Germaine Campion va transformer son appartement en lieu d'accueil pour les femmes en difficultés. Proche de l'Action catholique ouvrière, le Père Talvas va mobiliser des militants du catholicisme social pour organiser plus de lieux d'accueil[20]. En 1946, le Nid est fondé, en référence à l'ambiance chaleureuse d'un des premiers lieux d'accueil. Il deviendra rapidement l'amicale du Nid. Le Nid est engagé dès sa fondation dans le soutien à la loi de fermeture des maisons closes par la loi dite « Marthe Richard ». Le Mouvement Vie Libre naît en 1953 de la fusion de l'Entraide fondée en 1937 par Germaine Campion et André-Marie Talvas et de l'Amicale du 147 qui regroupait depuis 1950 les malades du Docteur Vladimir Aïtoff. En 1971, le Mouvement du Nid se sépare de l'Amicale du Nid. Le premier rassemble les bénévoles, qui se considèrent comme « militants », « pour les personnes prostituées, contre la prostitution ». La seconde rassemble l'ensemble des activités menées par des professionnels (centres d'accueil et d'hébergement).

 

 

Des initiatives controversées ou sanctionnées, crises multiples

La vitalité du courant du catholicisme social et la multiplication de ses expériences s'accompagnent, dès l'après guerre, de tensions qui vont aller en s'accroissant au cours des années soixante alors que, paradoxalement, le concile Vatican II (1962-1965) semble consacrer « les initiatives prises au cours des années précédentes par l'aile marchante du catholicisme français »[P 13].

Rapports avec le communisme, prêtres-ouvriers, mouvance « progressiste »

En continuité avec la Mission de France créée en 1941 par l'assemblée des cardinaux et archevêques puis avec celle de la Mission de Paris, fondée deux ans plus tard par le cardinal Suhard, des prêtres choisissent d'exercer leur apostolat dans le monde ouvrier mais hors des paroisses traditionnelles. Ils s'installent souvent en équipe dans les quartiers urbains déchristianisés et, pour certains, vont jusqu'à devenir ouvriers, tels Jacques Loew, docker à Marseille, ou Christian du Mont, embauché chez Panhard, exemples que suivent des séminaristes de la Mission de France et certains membres de congrégations religieuses. L'expérience est particulièrement novatrice, elle s'éloigne de l'objectif traditionnel du catholicisme social mis en pratique par l'Action catholique, à savoir la reconquête et la conversion de la classe ouvrière, il s'agit de « réinventer l'Église en milieu ouvrier ».

 

Naturellement, cet engagement va de pair avec des adhésions mais aussi des responsabilités syndicales comme le fait le père Barreau, élu en 1951 au secrétariat CGT Métallurgie de Paris. La question de la collaboration avec les communistes est donc posée, créant de fortes tensions à l'intérieur de l'Église : Rome interdit cette collaboration dès 1949, la CFTC et l'Action catholique « s'inquiètent de la concurrence et voient dans l'expérience une forme subtile et généreuse du cléricalisme », les évêques s'alarment.

Le contexte est celui d'une poussée du communisme et de son influence prépondérante dans le milieu ouvrier : autour de l'unité d'action avec les militants communistes dont on partage les revendications mais aussi du désir de dialogue et de rapprochement intellectuel avec les marxistes, toute une gauche catholique, ouvrière et intellectuelle, diverse et plurielle, s'organise en une « mouvance progressiste ». Appuyée par André Mandouze, l'Union des chrétiens progressistes se forme en 1947 autour du journal Les chrétiens prennent position. Avec les rédacteurs de nombreuses autres publications comme Jeunesse de l'Église du père Maurice Montuclard, Masses ouvrières ou la Quinzaine, avec des prêtres-ouvriers, des militants du Mouvement populaire des familles et des théologiens dominicains, ils se retrouvent participant par exemple aux réunions du groupe « Chrétiens du XIIIe (arrondissement) »[P 14].

L'Église officielle veut stopper cette tentation du marxisme : mises en garde et condamnations se succèdent, frappant même certains qui n'allaient pas aussi loin dans leurs affirmations que le progressisme : le M.P.F se voir retirer son mandat par l'épiscopat, l'UCO est dissoute en 1951, Rome impose en 1953 la fin de l'expérience des prêtres ouvriers, des mesures disciplinaires touchent les théologiens comme Marie-Dominique Chenu ou Yves Congar en 1954, Jeunesse de l’Église est condamnée par l'Assemblée des cardinaux et archevêques qui donne un avertissement à la Quinzaine. Celle-ci disparaît après sa condamnation de 1955 par le Saint-Office et même Esprit est menacé de sanctions par Rome en 1959[CH 11].

Le nombre de prêtres-ouvriers et de catholiques de la mouvance progressiste reste très limité mais la succession de mesures de rigueur engendre un vaste sentiment de malaise et de découragement. Pour beaucoup d'entre eux, il n'est « jamais question d'adhérer à la métaphysique du marxisme », ils pensent seulement « avoir le droit en vertu de la liberté d'option du chrétien en matière temporelle, de juxtaposer leur foi religieuse et un engagement politique aux côtés du parti communiste »[LR 12]. Cette crise « signe l'échec du modèle d'engagement missionnaire dans ses implications politiques »[P 15].

 

Du service des pauvres au Tiers-Mondisme

Pour Yves-Marie Hilaire, un glissement s'opère « du service des pauvres au Tiers-Mondisme ». La prospérité et la consommation pendant les Trente Glorieuses ne profitent pas à tous, les laissés pour compte et les oubliés de la croissance économique attirent l'attention des catholiques sociaux. Les Semaines sociales de Dijon en 1970 traitent « Les pauvres dans les sociétés riches » mais bien avant, le père Joseph Wresinski avec son mouvement Aide à toute détresse-Quart monde fondé en 1957 montre l'existence d'exclus. Autre exemple de cette prise en compte des plus faibles, l'initiative de Jean Vanier et la mise en place de communautés d'accueil et de vie fraternelle avec les handicapés au sein de l’œuvre de L'Arche[CH 14].

 

La décolonisation fait découvrir l'ampleur de la misère dans le Tiers Monde. Le Père Lebret, fondateur de la revue Économie et Humanisme, Joseph Folliet de la Chronique sociale de Lyon, la revue franciscaine Frères du monde, jouent un rôle de pionniers, bientôt suivis par de multiples publications comme Croissance des jeunes nations ou Foi et développement : « l'aide au développement prend le pas sur l'aide traditionnelle aux missions ». Les conférences de Helder Câmara, l'archevêque de Recife, l'un des initiateurs, lors du concile de Vatican II, de « l'option préférentielle pour les pauvres », vient spécialement en France en 1970 et en 1983 pour dénoncer la misère du Tiers Monde, et ébranle les auditeurs. Les encycliques Mater et Magistra de Jean XXIII en 1961, puis Populorum Progressio de Paul VI en 1967, alertent les chrétiens sur la nécessité urgente du développement. Dès 1962, au lendemain du concile Vatican II, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre Solidaire) regroupant la plupart des mouvements d'action catholique, le Secours catholique et des organisations missionnaires finance de multiples micro-réalisations et projets pour aider les peuples « à devenir les artisans de leur propre développement ».

Les théologies de la libération nées en Amérique du Sud se diffusent, elles empruntent une partie de leur outillage conceptuel aux théories néo-marxistes de la domination, une nouvelle condamnation romaine tombe en 1984 sur elles[P 17].

Héritiers du catholicisme social, de nombreux « militants », au travers de leurs mouvements et engagements, se sont immergés pleinement dans la société et dans la vie démocratique du pays et ouverts aux dimensions internationales de l'aide aux plus faibles. Mais leurs choix politiques marqués majoritairement à gauche, les crises qui touchent leurs institutions les plus dynamiques, un tiers-mondisme tenté parfois par une radicalisation, mettent ce militantisme catholique dans une crise généralisée à la fin des années soixante-dix.