Excusez-moi de m'étendre sur mon sentiment plutôt que sur les farces de Dali, car celles-ci fourmillent en éditions diverses, alors que je voudrais essentiellement vous faciliter une aperception nouvelle et fantastique, fantastique bien que saine, sur un monde nouveau d'une métaphysique universelle de l'Art. Est-il si difficile de traduire qu'une montre molle qui épouse la forme sur laquelle elle repose, signifie que le sujet du tableau ne peut être compris que relié à un contexte en dehors du temps présent. Le Temps se colle à la chose, à l'homme, les épouse à un moment donné, mais le moment d'un évènement ne signifie rien s'il ne se moule pas à d'autres défilements du Passé, à des perspectives variées et à des prospectives de l'avenir. DALI sait qu'en un ailleurs d'antimatière ou d'une autre dimension de la Matière-Energie, il y a le non-Temps. Mais notre cosmos est soumis à toute une hiérarchie d'évaluations temporelles jusqu'à l'intemporel.
Si l'eau est l'élément le plus souple à prendre toutes les formes possibles, et si le sable d'un sablier est un "passe-temps" fluide, la montre, à laquelle l'homme fait sa course folle, ne peut-elle pas simuler selon DALI, l'inconscience de l'homme moderne à croire que ses minutes sont de l'argent, voire de la vie, sinon de la mort ? Alors que le Temps se plie à la volonté de l'Esprit qui le fait éternel. Sans doute le Temps-plié, n'est pas un vain jeu de mot. Est-ce que la malléabilité du Temps est comique lorsque le physicien américain Feynman ne craint pas d'avancer, pour élucider le mystère des antiparticules (positrons, antiprotons, antineutrons) qu'il peut s'agir là de grains de matière voyageant à rebours dans le Temps, de l'avenir vers le passé. Bien qu'une telle réalité soit inconcevable par l'esprit humain, elle peut faire l'objet d'une démonstration mathématique tout à fait convaincante. D'autres physiciens expriment qu'il existe quelque part, "ailleurs", un univers uniquement composé de cette antimatière, dont les particules viennent parfois s'égarer dangereusement chez nous.
DALI, l'érudit, se tient au courant des dernières découvertes de son époque qu'il intègre patiemment à son oeuvre de poésie alchimique. Peu d'artistes ont cette conscience d'enrichissement total de l'Oeuvre.
P. 18, Salvador Dali