Le livre de Marie Louise Von Franz, Matière et psyché parle du non temps, en lien avec le pythagorisme, la magie (action du psychique sur la matière) et le kairos des sophistes.
De tous les ouvrages que j'ai lus, mentionnant le non temps, celui-ci me parait le plus intéressant et peut être l'ouvrage qui a décidé Arnaud Mussy à en exploiter le concept, tout en le tordant, puisque chez lui, il devient le premier temps d'une cause. Mais c'est cela le sens de la "nouveauté", également pensée par Jung.
La synchronicité a été pensée comme la liaison significative (faite par l'homme), d'un événement avec un archétype. C'est-à-dire que l'événement ponctuel se croise avec l'archétype, universellement présent, partout à la fois, en tous points de l'univers. L'origine de ce croisement étant un non temps car sans cause visible déterminée. Il survient par surprise. C'est une nouveauté pure, mais dont le potentiel s'inscrit en tout l'univers en même temps, par le fait qu'il se croise avec l'archétype, tel le nombre.
Le "non temps " peut alors vouloir dire : "il n'y a pas de temps défini à l'avance".
C'est-à-dire, ce qui arrive peut arriver n'importe quand. Ce qui peut être le synonyme d'informel : qui n'est pas défini, n'a pas vraiment de limite, de contour, mais qui va en prendre dès qu'on va dire :
le "non temps" apporte le signe de la mort de... à telle date.
Alors il devient temps fermé du progrès, devenu lui-même une croyance, en ce sens que la date parait déterminer un sens ouvrant à un futur.
Le non temps est alors bien le temps d'une nouveauté sans "cause" apparente, qui peut survenir n'importe quand, et dont le "sens" peut être donné par qui saura en être le mieux informé.
Cette "nouveauté" est un choc, car c'est dire : ma pensée de votre punition est synchrone avec ce qui vous arrive. Ce "hasard" faisant de moi le mieux placé pour vous en sauver.
Dans le Courrier de 2006, Arnaud Mussy commence par donner l'exemple d'André en lien avec le karma annoncé par la Mère Suprême, signifiant que la Mère l'a éliminé lui. Puis nous fait peur en affichant sa connaissance de "ce qui va nous arriver".
"A partir de maintenant", donc n'importe quel temps décidé de mon propre chef, "maintenant", la Mère "peut déclencher les événements" à suivre, à n'importe quel moment également. Ce "non temps" n'est que l'épée de Damoclès qu'il "voit" parce qu'il est le seul à en connaitre la "mise en scène" qu'il a créée d'elle, en notre propre cerveau. Ce qui est imparable, dès qu'on croit que ce qui se passe dans notre cerveau, est "vrai".
Il crée ainsi l'événement depuis sa propre "idée", avant d'en déclarer la "coïncidence" avec tel ou tel vécu, qu'il saura parfaitement traduire en termes géométriques, comme le karma faisant preuve de la nécessité rapide de notre "changement" à effectuer... pour le suivre.
Cela demande ici de l'habileté pour être "à propos", sentir le "kairos" et l'opportunité de se servir de l'événement, survenant... dans le "non temps", que Marie-Louise von Franz identifie justement au kairos et l'opportunité des sophistes.
N'importe quoi nous affectant, peut devenir la preuve d'une punition dont il saura en être le "porte-parole" et le "serviteur", le "témoin".
Alors que cette "punition" ne sera infligée que par lui, décrivant un rêve, un pur abstrait.
Dans le Courrier de 2006 encore, il faut "déchirer notre perception du temps linéaire" pour "comprendre" "ce que nous avons vécu et ce qui va nous arriver". Autrement dit, cherchez bien au fond de vous, vous trouverez vous-même une faute en "correspondance", à laquelle même Arnaud Mussy lui-même n'aura pas pensé. Aussi de juge, le "voyant" devient celui qui vous amène à vous juger vous-même, et ainsi devenir l'esclave de votre propre pensée, mise en vous, par celui qui "revient du non temps"... vers nous, afin de nous faire "participer" (donc se confondre avec lui) de ce procès devenant ainsi autonome en vous.
"L'amour" vous condamnant, il devient infini, et tout pourra vous juger, comme "rétrograde", dans la mesure où vous cherchez à évoluer par vos propres moyens, et non en fonction d'un point invisible, une date butoir de "passage" que personne ne voit.
Cette auto-accusation amenant le coupable à se juger lui-même était déjà en oeuvre dans les procès staliniens, menés contre les anti-"fraternité", et encore avant, durant la terreur sous la Révolution française, condamnant pour "faute" contre "le peuple".
Tout en disant : "ce n'est pas moi, c'est l'événement", le "progrès" qui veut cela.
Alors ce qu'il dit, "arrive", comme en toute magie, et la parole de son représentant peut alors se faire "terreur". Ce terme n'est pas exagéré car nous l'avons entendu au Phare-Ouest pour qualifier "l'ambiance" régnant au Phare-Ouest après le départ d'André Bouguénec
Le juge tue socialement le condamné, en disant : "c'est pas moi, c'est ton karma".
"C'est juste un drame", dira par exemple Arnaud Mussy lors des audiences de son procès ayant suivi le suicide de Jérémy Trossais.
Ce qui signifie : "c'est la conséquence de l'inertie de celui qui est mort (un jour de fête de la Révolution !, elle -même menée contre les "rétrogrades", qui préféraient croire au "destin" = "drame" voulu par Dieu...), mort donc de sa croyance dans le pouvoir du divin, et non de l'homme progressant.
Autre façon de le dire : "c'est pas moi, c'est le Ciel". Mais depuis la Révolution, le ciel (équivoque !) n'est plus réduit qu'à produire des dates.
Chez Jung, la synchronicité, c'est la coïncidence significative, d'un événement matériel, avec un archétype, posant "l'indivisibilité du tout" (formule de Bohr). Or les nombres sont, d'après Marie-Louise von Franz, les archétypes premiers, ceux qui ordonnent le mieux l'univers en tous ses points. Donc les nombres peuvent devenir les "signes" arbitraires, tirés de tout potentiel archétypal, "prouvant" la nécessité de devoir "progresser", laquelle est alors transmise par une "autorité".
Dans l'hypothèse de Jung, c'est l'homme qui donne le sens de la "synchronicité". Sans lui il n'y a rien de repérable. C'est l'homme qui donne du sens à ce qui arrive.
Qu'est-ce qui tue quelqu'un ? C'est son procès collectif, le procès au nom du peuple. Ce qui "arrive" de façon (bizarrement) synchrone dans la tête de tout le monde, dès que quelqu'un ose "taper du poing sur la table", les idées germant dans tous les cerveaux en même temps, vont alors sortir, par peur de ne pas suivre le mouvement du "non temps". Alors le procès semble collectif.
Les idées de quoi ? Les idées de procès, de rejet. Alors le pouvoir invisible dit "Ah ce n'est pas moi puisque "tout le monde le pense".
Que m'avait dit Rémy P. ? "Pourquoi es-tu le seul à penser cela d'Arnaud Mussy ?"
Donc "je reviens du non temps" représente cette pensée que tout le monde a, mais que moi j'ai mis dans les têtes, bien avant.