Les portes du ciel s'ouvrent à la toute fin quand le progrès matérialiste à tout immobilisé.
"Cela dit, revenons à Proclos et à Porphyre : « Nos deux auteurs concordent pour attribuer à Nouménios la détermination des points extrêmes du ciel, le tropique d’hiver, sous le signe du Capricorne, et le tropique d’été, sous celui du Cancer, et pour définir, évidemment d’après lui, et d’après les “théologiens” qu’il cite et qui lui ont servi de guides, le Cancer et le Capricorne comme les deux portes du ciel. Soit pour descendre dans la génération, soit pour remonter à Dieu, les âmes devaient donc nécessairement franchir l’une d’elles. »"
Symboles de la Science sacrée, René Guénon, éd. Gallimard, 1962
XXXVI : Le symbolisme du Zodiaque chez les pythagoriciens
Donc cette expression est ambigüe car ces portes ouvrent à la dissolution finale par le bas astral, comme au salut par la remontée des âmes.
C'est dans le même sens qu'André disait que la fin des temps amenait un double mouvement de remontée et de descente.
A la fin des temps, la Lumière brille dans les ténèbres.
"Shiva dansant (Nataraja), VIe et VIIIe siècles, dynasties Kalachuri (en) ou Rashtrakuta, Ellorâ. Guénon déclare dans l'Introduction aux doctrines hindoues que la tradition hindoue est celle qui est la plus proche de la Tradition primordiale. Il considère le Shivaïsme comme plus élevé que le Vishnouisme car il « conduit plus directement à la réalisation métaphysique pure ». À un niveau superficiel, Shiva est le destructeur, mais à un niveau plus élevé, il est le transformateur, celui qui permet d'aller au-delà de la forme : il détruit la manifestation pour atteindre la non-manifestation. Son troisième œil réduit tout en cendres et rend le sens de l'éternité, c'est-à-dire permet d'atteindre le non-temps, première étape sur le chemin spirituel."
---
Conversation ChatGPT
peux tu me faire un topo sur la notion de "portes du ciel" chez René Guénon, et leur fonction, rôle ou place, à la fin des temps (pour t'orienter, en lien avec le monde moderne, progressiste)
Je vais repartir des textes de Guénon eux-mêmes, puis recouper avec des études secondaires pour distinguer ce qui est explicitement dit de ce qui relève d’une mise en relation avec la fin d’un cycle et le monde moderne. Je te signalerai aussi où l’expression « portes du ciel » est stricte, et où il faut raisonner à partir de symboles voisins chez lui.
J’ai déjà un premier point solide : chez Guénon, les « portes du ciel » renvoient d’abord à un symbolisme précis, celui des portes solsticiales, et non à une image vague du paradis. Le nœud est la distinction Cancer/Capricorne, « porte des hommes » / « porte des dieux », qui commande ensuite la lecture de la fin de cycle.
Je tiens le schéma d’ensemble : chez Guénon, il y a trois niveaux emboîtés. D’abord la porte cosmique proprement dite (Janua Cœli), ensuite les deux portes solsticiales qui règlent les voies de descente et de remontée, enfin la lecture cyclique : à la fin d’un monde, ce symbolisme est moins “aboli” que renversé puis redressé.
Oui. Chez Guénon, la formule « portes du ciel » ne désigne pas une image pieuse ou simplement biblique : c’est un symbole technique, à la fois cosmologique, initiatique et cyclique. Il en parle sous plusieurs formes voisines : Janua Cœli (« porte du Ciel »), porte des dieux / porte des hommes, porte solaire, et même certains lieux sacrés pouvant fonctionner comme « porte des Cieux ». Il faut donc partir d’une idée simple : chez lui, une porte du ciel est toujours un point de passage vertical entre les niveaux de l’être, jamais un simple “ailleurs” imaginaire.
Le noyau le plus net se trouve dans le chapitre « Janua Cœli ». Guénon y explique que le soleil, en tant qu’« Œil du Monde », est véritablement la porte du Ciel ; cette ouverture est figurée comme l’œil du dôme, le sommet de l’édifice cosmique, l’ouverture par laquelle la sortie du Cosmos s’accomplit « par le haut ». Il met cela en rapport avec le brahma-randhra, l’orifice subtil situé au sommet de la tête, et avec l’axe reliant tous les états de l’être. Autrement dit, la porte du ciel n’est pas un bord latéral du monde : c’est le sommet axial par où l’être peut dépasser l’ordre manifesté.
Mais Guénon parle aussi des deux portes solsticiales. C’est là qu’apparaît le pluriel. Le Cancer est la porte des hommes : il correspond au pitri-yâna, donc à la voie par laquelle l’être entre dans la génération ou demeure dans le cosmos. Le Capricorne est la porte des dieux : il correspond au dêva-yâna, à la voie de remontée, au passage « au-delà du Soleil », donc à la sortie du cosmos. Janus, maître du temps et des deux voies, ouvre et ferme ces seuils ; ses clefs sont celles de ce système symbolique. Le point décisif est que ces portes règlent la descente dans la manifestation et la remontée vers le Principe.
À ce stade, on voit déjà pourquoi cela s’oppose frontalement au progressisme moderne. Le temps guénonien n’est pas une flèche de perfection indéfinie ; c’est un temps qualifié, rythmé, polarisé, hiérarchisé. Les portes ne disent pas : “demain sera meilleur qu’hier”. Elles disent : il existe une voie de sortie et une voie d’enfermement, une montée et une descente, un sens normal et un sens inversé. Guénon écrit d’ailleurs que vouloir concilier « tradition et progrès » suppose déjà croire au progrès, et il décrit le monde moderne comme une déviation fabriquée, allant de l’humanisme et du rationalisme jusqu’au règne de la quantité.
C’est ici que ton orientation vers le monde moderne est très juste. Guénon donne une image presque parfaite de la modernité à partir du symbole de la porte céleste : Bab-Ilu, Babylone, signifie d’abord « porte du Ciel » ; mais lorsque la tradition est perdue, Babylone devient Babel, la confusion, et alors, dit-il, la Janua Inferni prend la place de la Janua Cœli. C’est une formule capitale : l’inversion moderne ne consiste pas seulement à fermer la porte du ciel, mais à mettre à sa place son contraire. Le haut est remplacé par le bas, le centre par la confusion, le passage libérateur par un passage de chute.
Cette inversion explique aussi le rapport entre les portes du ciel et la pseudo-spiritualité de fin de cycle. Guénon pense que le monde moderne, après avoir été matérialiste, glisse vers une contre-tradition : non plus le simple refus du spirituel, mais sa parodie à rebours. Il insiste sur le fait que les phénomènes “extraordinaires” peuvent venir de forces subtiles inférieures, et que la mentalité expérimentale moderne est particulièrement vulnérable à cette séduction. Cela veut dire qu’à la fin d’un monde, le danger n’est pas seulement la fermeture de la porte du ciel : c’est la prolifération de fausses ouvertures, qui donnent l’illusion du haut alors qu’elles ouvrent vers le bas.
Guénon va même plus loin : il dit qu’autrefois certains lieux pouvaient être reconnus comme « porte des Cieux » ou, au contraire, comme « bouche des Enfers », mais que l’Occidental moderne, du fait de la solidification du monde et de l’atrophie de ses facultés, n’y sent plus rien. La porte n’a pas disparu en soi ; c’est l’homme moderne qui n’a plus l’organe pour en percevoir l’effet. C’est très important pour comprendre sa pensée : la modernité progressiste n’abolit pas le symbolisme, elle désaccorde l’homme par rapport à lui.
Alors, quelle est la fonction des portes du ciel à la fin des temps ? Chez Guénon, il faudrait plutôt dire : à la fin d’un cycle. Et la réponse est la suivante : elles prennent tout leur sens au moment du redressement ultime. Quand la déviation moderne arrive à son extrême, elle devient subversion ; mais l’instant final n’est pas cette subversion elle-même : c’est le retournement, le redressement qui rétablit l’ordre normal et restaure l’état primordial. La fin du cycle répond au commencement, mais sur un mode d’achèvement. La vraie porte du ciel est donc, à la fin, la voie de réintégration.
C’est pourquoi Guénon relie la fin du cycle à la Jérusalem céleste. Il écrit que la fin correspond au commencement, que le cercle est remplacé par le carré, que l’équilibre final est atteint, et que la Jérusalem céleste figure la réintégration de toutes choses dans l’état primordial. Ailleurs, il évoque même la Citadelle solaire qui doit « descendre du ciel en terre » à la fin du cycle. On peut donc dire que, dans sa perspective, la porte du ciel n’est pas seulement le seuil par lequel quelques êtres s’évadent individuellement : à l’extrême fin, elle est aussi liée à la restauration de l’ordre et à la reconduction du monde au centre.
En une formule : chez Guénon, les “portes du ciel” ne sont pas le symbole d’un progrès historique, mais celui d’une verticalité perdue puis retrouvée. Dans le monde moderne, elles sont méconnues, inversées ou contrefaites ; à la fin du cycle, elles retrouvent leur fonction véritable dans le redressement, la sortie du cosmos, la réintégration au centre et la restauration de l’état primordial. C’est précisément pour cela que ce symbole est anti-progressiste : il ne promet pas une amélioration indéfinie du devenir, il désigne le passage hors du devenir.
Ce "passage hors du devenir" a-t-il un quelconque rapport avec une autre notion qu'on trouve chez Guénon : le "non temps". Et si oui, lequel ?
Je vérifie dans les textes de Guénon eux-mêmes comment il articule exactement devenir, temps et « non-temps », pour éviter d’écraser des nuances qui, chez lui, sont très techniques.
Oui, il y a un rapport très direct, mais il faut distinguer deux plans chez Guénon. Le « passage hors du devenir » désigne le dépassement de tout ce qui relève du changement, de la manifestation contingente et des conditions qui l’accompagnent. Le « non-temps », lui, nomme plus spécialement le dépassement de la succession temporelle. Donc : le non-temps est une face du passage hors du devenir, mais il ne l’épuise pas entièrement.
Le lien de fond est simple : pour Guénon, le devenir est du côté du temps, du changement, de l’apparition et de la disparition, tandis que l’ordre métaphysique est celui des principes éternels et immuables. Il écrit que l’intuition sensible saisit le monde du « changement et du devenir », alors que l’intuition intellectuelle a pour domaine les principes éternels ; ailleurs, il formule la différence entre temps et éternité comme celle du « devenir » et de « l’être ».
C’est pourquoi sortir du devenir implique nécessairement, au moins en un sens, sortir du temps. Dans La Métaphysique orientale, Guénon dit que celui qui veut atteindre la connaissance métaphysique doit se placer hors du temps, et il ajoute qu’on pourrait dire dans le « non-temps ». Il précise juste avant que tant qu’on reste enfermé dans la succession temporelle, on est incapable de concevoir vraiment l’ordre métaphysique.
Mais il faut être plus précis encore : chez lui, il existe un premier dépassement du temps qui n’est pas encore l’ultime. Guénon dit que l’être parvenu à l’état primordial est déjà affranchi du temps : la succession apparente se transmute pour lui en simultanéité, et il acquiert ce qu’il appelle un « sens de l’éternité ». Cependant, il précise aussi que cet état n’est pas encore supra-individuel ; ce n’est donc pas encore le terme suprême de la réalisation métaphysique.
Cela rejoint très bien ce qu’il écrit dans La Grande Triade : au centre de l’état de manifestation, la succession temporelle disparaît, transmuée en simultanéité ; autrement dit, il n’y a plus « avant » ni « arrière ». On est donc déjà, en un sens, dans une condition qui relève du non-temps, mais relativement au centre d’un état donné. Le haut et le bas subsistent encore tant que l’être n’a pas atteint le centre total.
Autrement dit, on peut distinguer chez Guénon trois degrés. D’abord le niveau ordinaire : temps, succession, devenir. Ensuite un niveau central : la succession est surmontée en simultanéité, ce qui correspond au non-temps au sens le plus immédiatement accessible dans son exposé. Enfin le niveau ultime : le but de la réalisation métaphysique est au-delà même de l’être, donc au-delà non seulement du temps, mais de toute condition de manifestation. Guénon insiste en effet que même les états très élevés demeurent relatifs tant qu’on n’a pas atteint l’état inconditionné.
Donc, si l’on veut répondre très rigoureusement : oui, le « passage hors du devenir » a rapport au « non-temps », parce que le temps est une forme du devenir et que la sortie du devenir comporte la sortie de la succession temporelle. Mais non, les deux notions ne sont pas strictement synonymes : le non-temps vise d’abord le dépassement du temps, tandis que le passage hors du devenir vise plus largement le dépassement de la manifestation changeante elle-même.
On peut même dire que, chez Guénon, le non-temps est comme la traduction temporelle d’une vérité plus profonde : l’être véritable n’« devient » pas ; il est, principiellement et éternellement. C’est ce qu’il dit très clairement dans Les Idées éternelles, où la réalisation métaphysique rend effective la conscience de ce que nous sommes « en dehors et au-delà de tout devenir », non pas comme quelque chose qui passe de la puissance à l’acte, mais comme ce que nous sommes principiellement et éternellement.