Placer des termes abstraits dans un propos peut le rendre flou, s'il n'est pas accompagné de quoi que ce soit qui le précise, ou le définit clairement.
Ex : ils s'interrogeaient pour savoir qui parmi eux serait le "PLUS GRAND" (comme les apôtres durant la Cène).
Mais que signife "grand" ? Une infinité de possibilités, mais qui sera logiquement opposée à "petit", sans qu'on sache cependant l'étendue de recouvrement, en proportion, de chaque section. C'est à l'appréciation de chacun, ce qui va créer l'opinion.
Par contre l'adverbe (comparatif de quantité) "plus" va ajouter quelque chose : une séparation d'avec le "moins", une frontière et mettre en route dans l'esprit, une logique d'ensemble.
"Grand" peut aussi décrire, qualifier une entité invisible.
Ex :"le plus grand en amour".
Si je dis "quelle est la plus grande table", pas de problème, car la grandeur est définie en cm.
Si je dis : "qui est le plus grand en amour", problème, car ni "grand" (limite du "plus") ni "amour" ne sont définis. "Grand" étant fini mais dont le "terme" est non dit, et "amour" étant infini.
Chacun va, en entendant cette formule, fixer selon sa préférence, tout en SACHANT que son voisin en fait autant, alors même que nous parlons d'un mot-moteur, d'un idéal fort, conduisant les hommes, leur donnant une énergie, et créant aussi un facteur de rejet, donc de peur. Qui n'aime pas est mis au ban de la société, jugé.
Mais le vrai problème apparait quand l'opinion devient un questionnement imposé à un groupe : "qui est le plus grand pour lui succéder ?"
Des clans vont alors se former, se positionnant par rapport à d'autres clans, mais aussi entre chaque individu de chaque clan.
Autre ex : "qui est le plus humaniste" ? "qui a le plus de coeur" ? (ce sont des sous-ensembles de "amour", plus concrets, plus en rapport avec ce qui est produit, l'action).
Les deux clans s'opposeront alors selon leur propre définition, relativement au sens des mots employés. Il y aura ceux qui donneront plus de valeur au sens de la force, de la quantité ("plus" et "grand"), et les autres pour qui "l'amour" ne sera pas une question de "grandeur", mais de rapport à la vie, sans se faire remarquer.
Or les seconds seront réfractaires à celui qui veut êtrre le plus "grand" quantitativement, par rapport aux autres membres du groupe, qui pour lui ne sont que des chiffres à dépasser, à impressionner au regard de sa propre "taille".
Disons que le chef d'un clan décède. Il faut un successeur. Qui va-t-on choisir ? Le "plus grand" à rapporter la science du maitre.
Ce sera celui qui pose les questions, impose des débats sur la nécessité d'un changement, puis se pose comme étant le "rassembleur" de ceux qu'il vient de diviser. Celui qui crée la "paix".
Après ou en même temps qu'il divise, il doit alors parler le langage "frontalier", pouvant se faire accepter des deux clans, tout en rendant forte la langue des tailles, car il lui faut la force d'un deux clans, lui permettant de montrer qu'il n'est pas seul, que le clan représentant le plus grand nombre, est avec lui. Et le plus grand nombre, c'est le "clan" de ceux qui ont une opinion sur sa "taille". Qui disent : c'est lui le "plus grand".
Celui qui était seul au départ, devient alors sémantiquement, le plus "fort", alors même que sa force, ne tient qu'au silence de ceux qui ont une opinion et ont peur de l'opinion de leur voisin.
Il doit donc rendre "petits", le clan de ses opposants, montrer qu'ils sont isolés par rapport à lui.
En se servant du mot "amour", il rend "grand" le sien, tout en amenant chacun à se dire : l'autre, mon voisin, a une idée du sens de ce mot, que je n'ai pas, mais peut-être possède-t-il le vrai sens de ce mot... C'est à partir de ce raisonnement probabiliste, imposé à chaque cerveau auditeur de ce piège linguistique, que tout le monde se tait, et laisse parler le maitre des "tailles", qui va alors aussi pouvoir écarter les "petits", ceux qui ne suivant pas ce "successeur" auto-proclamé, seront maintenant qualifiés de "petits" en taille, par ceux qui ont choisi d'élire "le plus grand".
Le "petit" peut alors être exclu du clan des calculateurs, en toute légitimité.
Le "pouvoir" fait alors cesser le débat, et devient le maitre du langage, des mots et de leur sens (ici, le sens du mot "amour", auquel il ne connait pourtant rien, sinon que par un truc, on peut lui accoler les mots "plus" et "grand", afin d'en faire un simple jeu de langage permettant de créer des idées de taille et de force, puis d'imposer par ce recours, un ordre nouveau).
Celui qui pose la question sous forme de "taille", devra aussi se faire remarquer comme pouvant employer la langue la plus forte, pour prouver sa "taille", et faire taire les "faibles" en taille, qui sont ceux qui ne partagent pas la logique de soumission à un simple jeu de rhétorique, mais ne peuvent pas y répondre, sous peine de "prouver" qu'ils se désolidarisent du reste du groupe, à la fois logiquement et réellement, puisque par ce geste, ils remettent le désordre en route, créent la "guerre" à "l'amour" du "plus grand".
Les autres, qui seront sensibles à cette preuve de "grandeur" (parler à la frontière des deux camps), y trouveront le gout du pouvoir. Le plus "grand" n'aura qu'à leur dire : "vous avez compris ce qu'est l'amour", pour se les rallier.
Avec l'aide de cette "élite" auto-proclamée et se sentant pleine de force avec tant "d'amour", Tartuffe pourra alors faire le procès des "faibles" en taille, et les exclure.
Ces derniers se trouvant coincés pour ne pas "faire d'histoires" contre "l'amour", non seulement accepteront le verdict de ce procès, mais se jugeront eux-mêmes par peur de l'opinion des "forts", et auto-censureront leurs propres velléités de révolte contre le nouveau pouvoir.