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« Le "Jugement Dernier", ne peut, ne pourra se faire, QUE sur les paroles dites en tous les temps par les hommes et les responsables des diffusions qui ont conditionné le monde, au TEST du Testament du Christ qui l'a ré-digé au commencement pour qu'en Fin il s'ouvrit et con-Fonde toute la Dispersion, cette "Diaspora" "tra-issante" ou trahissante à travers l'Ordre Divin de Rassemblement. Qui, quelle religion, quelle académie, quelle initiation, s'est voulue assez large de coeur et d'esprit pour rassembler toutes les brebis égarées de la Maison d'Israël, c'est-à-dire, non pas le pays des juifs, mais la Maison de Dieu qu'est le Verbe par TOUT : IS-RA-EL : "l'Intelligence-Royale-de Dieu", contre laquelle l'homme doit "lutter", "l'emporter" (de la racine hébraïque sârôh), ce qu'est en vérité l'antique Iswara-El, cette "Agartha" invisible, enfouie dans les profondeurs de la "Terre", c'est-à-dire de l'Homme, dans ses ténèbres. »

André Bouguénec, Entretien avec l'homme, article Qui est Judas ?

 

 

 

Explication fondamentale sur les archétypes - Jung

Helm, dans son ouvrage Energetik, émet l'opinion « que la pensée nouvelle de Robert Mayer ne s'est pas dégagée peu à peu, par une étude et une réflexion approfondies des conceptions traditionnelles qu'on se faisait de la force, mais qu'elle appartient à ces idées intuitivement perçues; qui, provenant d'autres domaines de l'esprit, s'emparent, pour ainsi dire, de la pensée, et l'obligent à transformer dans leur sens les conceptions traditionnelles ».

La question qui se pose maintenant est de savoir d'où provenait l'idée nouvelle qui s'était imposée à la conscience avec une puissance si élémentaire. Et d'où tirait-elle cette force, qui dominait tellement le conscient qu'elle le soustrayait aux impressions multiples d'un premier voyage aux Tropiques ? Il n'est pas aisé de répondre à ces questions ! Si nous appliquons nos conceptions à ce cas, notre explication devrait être celle-ci : l'idée de l'énergie et de sa conservation doit être une idée originelle qui sommeillait dans l'inconscient collectif. Cette conclusion nous oblige naturellement à prouver qu'une telle image originelle existait véritablement dans l'histoire de l'esprit humain et qu'elle fit sentir son influence à travers des milliers d'années. De fait, cette preuve peut être réellement apportée sans difficultés particulières : les religions les plus primitives, dans les contrées les plus diverses du globe, sont fondées sur cette image. Ce sont les religions dites dynamistes, dont la pensée unique et déterminante consiste à affirmer l'existence d'une force magique partout présente et qui est comme le centre de toutes choses. Taylor, le savant anglais bien connu, de même que Frazer ont commis le malentendu de prendre cette idée pour de l'animisme. En réalité, par leur représentation d'une force, les primitifs n'entendent pas du tout des âmes ou des esprits, mais vraiment quelque chose que le savant américain Lovejoy désigne de façon pertinente sous le nom de « primitive energetics ». Cette dernière notion correspond à une représentation de l'âme, de l'esprit, de Dieu, de santé, de force physique, de fertilité, de magie, d'influence, de puissance, de considération, de médicament, ainsi que de certains états d'âme qui se caractérisent par le déclenchement d'affects. Chez certaines peuplades polynésiennes, « Mulungu » (c'est précisément le nom de cette conception de l'énergie qu'ont les primitifs) est esprit, âme, être démoniaque, magie, considération et s'il se produit quelque chose d'inattendu et qui fait sensation, ces Polynésiens crient « Mulungu ». Cette notion de force est aussi chez les primitifs la première figuration de la conception de Dieu. Cette image, au cours de l'histoire, s'est développée en des variations toujours nouvelles. Dans l'Ancien Testament, la force magique brûle dans le buisson ardent et illumine la figure de Moïse ; dans les Évangiles, elle pleut du ciel, incarnant le Saint-Esprit sous forme de langues de feu. Chez Héraclite, elle apparaît comme l'énergie de l'univers, comme un « feu éternellement vivant »; chez les Perses, elle est la splendeur du feu de « l'haôma », de la grâce divine ; chez les stoïciens, on la retrouve dans la chaleur originelle, la force du destin. Dans les légendes du moyen âge, elle apparaît comme l'auréole, le nimbe de sainteté, et elle s'échappe, flamme rougeoyante, du toit de la chaumière dans laquelle le saint est en extase. Dans leurs visions, les saints voient le rayonnement de cette force comme un soleil, comme la plénitude de la lumière. D'après une conception ancienne, c'est l'âme elle-même qui est cette force. La notion de son immortalité comporte sa conservation, et dans la représentation bouddhique et primitive de la métempsychose (ou migration des âmes) se trouve exprimée son aptitude illimitée aux métamorphoses, jointe à sa conservation constante.

Cette idée est donc inscrite depuis des temps immémoriaux moraux dans le cerveau humain. C'est pourquoi elle se trouve disponible dans l'inconscient de chacun de nous. Il n'est besoin que de certaines conditions pour l'en faire surgir. Celles-ci, manifestement, étaient remplies chez Robert Mayer. Les plus grandes et les plus belles pensées de l'humanité se forment à partir de ces images primordiales, qui sont comme autant de canevas de base. Souvent déjà on m'a demandé d'où peuvent bien provenir ces archétypes ou images originelles. Il me semble qu'il est impossible d'expliquer leur formation sans admettre qu'elles constituent comme la précipitation d'expériences humaines, perpétuellement renouvelées. L'une de ces expériences, des plus communes et en même temps des plus impressionnantes, c'est ce qui nous semble être la course quotidienne du soleil. Nous ne pouvons, il est vrai, découvrir dans l'inconscient la moindre trace du phénomène physique en tant que tel. Par contre nous y retrouvons le mythe du héros Soleil dans toutes ses variantes innombrables. Ce mythe incarne l'archétype du soleil et non le phénomène physique. On pourrait faire des constatations analogues à propos des phases de la lune. L'archétype est une sorte de disponibilité, de propension à reproduire toujours à nouveau les mêmes représentations mythiques, ou des images analogues. D'après cela il semble que ce qui s'inscrit et s'exprime dans l'inconscient, c'est exclusivement la représentation imaginative et subjective suscitée par le phénomène physique auquel elle correspond et fait écho. On pourrait donc admettre que les archétypes sont constitués par les empreintes, bien des fois imprimées, des réactions subjectives. Cette hypothèse ne fait naturellement que reculer le problème sans le résoudre. Rien ne nous empêche d'admettre que certains archétypes existent déjà chez les animaux, et que les archétypes, par conséquent, ont leur existence fondée dans les particularités mêmes des systèmes vivants, qu'ils sont purement et simplement une expression de la vie, manifestation dont l'existence et la forme échappent à toutes les tentatives d'explication. Les archétypes, à ce qu'il semble, ne sont pas seulement le résultat des empreintes laissées par les expériences types qui se renouvellent dans le cours de l'existence individuelle et de la vie de l'humanité ; mais en outre, ils se comportent, considérés dans une perspective empirique, comme des centres énergétiques, comme des forces ou des tendances qui poussent le sujet à renouveler ces mêmes expériences. Chaque fois, en effet, qu'un archétype surgit en rêve, en imagination, ou se manifeste dans la vie, il apporte avec lui et exerce une « influence », une force par la puissance de laquelle l'individu le ressent comme étant « numineux », fascinant ou incitant à l'action.

Après avoir exposé cet exemple qui a montré comment des idées nouvelles prennent naissance à partir du patrimoine des images primordiales, reprenons la description du processus de transfert.

Nous avons vu que la libido a trouvé son nouvel objet en des fantasmes en apparence extravagants et décousus; ils sont le fait des contenus de l'inconscient collectif. Comme je le disais plus haut, la projection d'images primordiales sur le médecin constitue, pour la continuation du traitement, un danger dont il faut se garder de sous-estimer la gravité. Car ces images primordiales ne contiennent pas seulement tout ce qu'il y a de plus beau et de plus grand au sein de ce que l'humanité a jamais pensé, senti ou éprouvé, mais aussi toutes les pires infamies et les plus infernales inventions dont les hommes ont pu être capables. En raison de leur énergie spécifique, ces images (qui se comportent donc comme des centres autonomes chargés d'énergie) exercent une influence fascinatrice qui, s'emparant de la conscience du sujet, est capable de l'altérer profondément. On peut constater des faits de cet ordre à l'occasion de conversions religieuses, d'influences suggestives, et tout particulièrement lors de l'éclosion de certaines formes de schizophrénie. Dès lors, si le malade ne parvient pas à distinguer la personnalité du médecin de ces projections, il n'y aura bientôt plus entre eux aucun moyen de s'entendre, aucune possibilité de compréhension; toute relation humaine deviendra entre eux impossible. Mais si le malade évite Charybde et tombe en Scylla par l'introjection de ces images, c'est-à-dire si au lieu d'en attribuer les qualités au médecin, il se les attribue à lui-même, le danger que comporte pareille démarche est tout aussi considérable que celui de l'attitude précédente. Durant la projection, le malade oscille entre une adoration extravagante et maladive, d'une part, et un mépris haineux de son médecin, d'autre part durant l'introjection, il tombe dans une idolâtrie ridicule de lui-même ou au contraire se déchire moralement et se met en pièces. L'erreur qu'il commet dans les deux cas est d'attribuer à une personne les contenus de l'inconscient collectif. De sorte qu'il fait de son médecin ou de lui-même Dieu ou le Diable. Dans ces phénomènes se révèle le mode d'action caractéristique de l'archétype : il s'empare de la psyché avec une espèce de force originelle et l'oblige à transgresser les limites du secteur strictement humain; il détermine ainsi de l'exagération, une sensation d'être gonflé (inflation psychique), une indisponibilité contraignante, des mirages, le tout s'emparant de l'individu pour le meilleur comme pour le pire. Voilà le motif pour lequel les hommes ont toujours eu besoin des démons et pourquoi ils n'ont jamais pu vivre sans dieux, à l'exception de quelques spécimens particulièrement intelligents de « l'homo occidentalis » d'hier et d'avant-hier. Pour ces derniers, sortes de sur-hommes, « Dieu est mort » et c'est pourquoi ils deviennent dieux eux-mêmes... des dieux de petits formats, aux crânes épais et aux coeurs froids. Car la notion de Dieu répond à une fonction psychologique absolument nécessaire, de nature irrationnelle, qui n'a rien de commun avec la notion de l'existence de Dieu. A cette dernière question, l'intellect humain ne pourra jamais répondre; une preuve quelconque de l'existence de Dieu est encore plus impossible. D'ailleurs pareille preuve est tout à fait inutile : l'idée d'un être divin, tout-puissant, est partout répandue, sinon consciemment, du moins de façon inconsciente, car cette idée constitue un archétype. II y a, en effet, quelque chose dans notre âme qui est de puissance supérieure et si ce n'est pas consciemment Dieu, c'est à tout le moins le « ventre », comme dit saint Paul. C'est pourquoi je crois qu'il est plus sage de reconnaître consciemment l'idée de Dieu à son défaut, c'est tout simplement quelque chose d'autre qui se trouve déifié, et, en général, quelque chose de très insuffisant et de très bête, à la mesure de ce que peut élaborer une conscience prétentieuse et dûment « éclairée ». Notre intellect sait déjà depuis bien longtemps qu'on ne peut se faire de Dieu une idée juste, et qu'on peut encore bien moins se le représenter dans son existence véritable, sous sa forme réelle. L'existence de Dieu est, une fois pour toutes, une question à laquelle on ne saurait répondre. Il n'en reste pas moins que le « consensus gentium », la sagesse des nations, parle de dieux de toute éternité et en parlera encore en toute éternité. Si belle et si parfaite que l'homme puisse trouver sa raison, il peut être tout aussi sûr qu'elle ne constitue en tout cas qu'une des fonctions intellectuelles possibles et qu'elle ne cadre qu'avec l'aspect des phénomènes qui lui correspond. Mais tout autour d'elle et de toutes parts gît l'irrationnel, tout ce qui ne coïncide pas avec la raison. Or, cet irrationnel est également une fonction psychologique, à savoir l'inconscient collectif, alors que la raison est essentiellement liée à la conscience. Le conscient a besoin de raison, pour découvrir d'abord un ordre dans le chaos des cas individuels désordonnés qui peuplent l'univers et pour ensuite créer cet ordre, créer une coordination au moins dans les domaines humains. Nous avons une tendance louable et utile à exterminer, dans toute la mesure possible, en nous et hors de nous, le chaos de l'irrationnel. En apparence on a poussé fort loin cette façon de procéder. Un aliéné me disait un jour: « Monsieur le docteur, cette nuit j'ai désinfecté tout le ciel avec du sublimé, et malgré cela je n'y ai découvert aucun dieu. » C'est à peu près ce qui nous est arrivé aussi.

Pp. 123-127, Psychologie de l'inconscient, Jung, Chap. L'inconscient supra-individuel.

 

 

Ou bien, autre possibilité : la malade emploiera contre cette nouvelle difficulté son ancien moyen de défense et se refusera à voir ce point sombre, dont elle fera abstraction : elle le refoulera de nouveau, au lieu de garder une conscience claire de ce qui fut hissé à grand-peine sur le plan conscient, attitude mentale, qui, de toute évidence, est une nécessité implicite et inéluctable de la méthode analytique. Il n'y aurait rien à gagner à ce refoulement, au contraire ; la menace de l'X, au lieu d'émaner du conscient, partirait de l'inconscient, ce qui est très sensiblement plus désagréable et plus grave.

Chaque fois qu'émerge un élément inacceptable de cette sorte, il faut d'abord se demander s'il s'agit d'une qualité personnelle ou d'un attribut qui ne l'est pas. « Magicien », « démon » semblent bien représenter des qualités qui, selon les dénominations mêmes que les hommes leur ont données, révèlent dès l'abord qu'il ne s'agit pas de qualités humaines dans l'acception personnelle du terme, mais de qualités mythologiques. « Le magicien » et le « le -démon » sont des figures mythologiques qui expriment la sensation inconnue, le sentiment « inhumain » qui s'est emparé de la malade. Ces attributs ne sont donc en eux-mêmes nullement applicables à une personnalité humaine, quoiqu'on les trouve en règle générale - sous forme de jugements intuitifs qui échappent à tout examen critique plus amplement informé - projetés sur autrui toujours au plus grand détriment des rapports entre humains.

De tels attributs indiquent toujours que des contenus qui meublent l'inconscient collectif ou superindividuel se trouvent projetés. Car « les démons », pas plus que « les méchants magiciens », ne sont des réminiscences personnelles, bien que naturellement chacun de nous en ait un jour entendu parler, ou ait lu quelque chose à ce propos. Mais ce n'est pas parce qu'on a entendu parler de serpents à sonnettes qu'on sursaute terrorisé au moindre bruissement dû à un lézard, ou qu'on confondra un inoffensif orvet avec ces redoutables reptiles. On n'aura pas davantage de motifs de déclarer que Monsieur Untel est un démon, à moins que vraiment une sorte d'effet démoniaque n'émane de sa personnalité. Mais si c'était vraiment le cas, si cet effet diabolique était réellement un élément constitutif de son caractère personnel, tous les membres de son entourage le ressentiraient, et cet être serait alors vraiment une sorte de diable ou de loup-garou. En dehors de cette éventualité, il ne peut s'agir que d'une silhouette, que d'une expression mythologique, ce qui revient à dire que ce qui est en jeu est la psyché collective et non une psyché individuelle. Dans la mesure où, par notre inconscient, nous participons à la psyché historique et collective, nous vivons de façon naturelle et inconsciente dans un monde de loups-garous, de démons et de magiciens, etc. Car ce sont là des représentations qui ont inspiré, durant les époques antérieures à la nôtre, les émotions les plus intenses à tout le genre humain. De façon analogue notre existence participe à celle de dieux et de diables, de saints et de criminels, mais il serait insensé de prétendre s'attribuer de façon personnelle ces possibilités inhérentes à l'inconscient. C'est pourquoi il est d'absolue nécessité d'établir une démarcation aussi nette que possible entre ce qui est personnel et relève de notre responsabilité, d'une part, et d'autre part, ce qui est impersonnel. Bien entendu cela n'est point pour nier l'existence éventuellement très efficace des contenus de l'inconscient collectif, mais ces derniers sont, en tant que teneur de la psyché collective, à distinguer de l'âme individuelle. Chez les êtres demeurés dans la naïveté primitive ces données ne furent naturellement jamais séparées de la conscience individuelle car les dieux, les démons, etc. étaient conçus non pas comme étant des projections psychiques, et constituant de ce fait des contenus de l'inconscient, mais bel et bien comme des réalités qui allaient d'elles-mêmes. Leur caractère projectionnel n'avait jamais été reconnu. Ce n'est qu'à l'époque dite « des Lumières » que l'on s'aperçut que les dieux n'existaient pas en réalité et qu'ils n'étaient que des projections, par cela même leur règne était fini. Mais la fonction psychique qui leur correspondait n'était nullement abolie pour autant : elle devint l'apanage de l'inconscient et, après cette transformation, les hommes, eux, se trouvèrent empoisonnés par un excès de libido qui, auparavant, était investie et employée dans le culte des images divines. La dépréciation et le refoulement d'une fonction aussi importante que le sentiment religieux ont naturellement des conséquences notables pour la psychologie de l'individu : le reflux de cette libido renforce dès lors l'inconscient dans des proportions énormes, de sorte qu'il commence à exercer une action puissante, une influence excessive sur le conscient, par l'activation de ses contenus collectifs archaïques. Rappelons d'ailleurs que le « siècle des Lumières » se termina par les massacres de la Révolution française. Actuellement encore, nous assistons à cette révolte des forces destructives de l'âme collective. Le résultat en a été un massacre général tel qu'on n'en avait jamais vu. C'est précisément ce que recherchait l'inconscient. Sa position avait été, au préalable, démesurément renforcée par le rationalisme de la vie moderne, rationalisme qui dépréciait surtout ce qui était irrationnel et qui par là replongeait, refoulait dans l'inconscient la fonction de l'irrationnel. Mais, une fois cette fonction passée dans l'inconscient, elle exerce de là une influence dévastatrice et incoercible ; elle agit comme une maladie incurable dont le foyer ne peut être extirpé parce qu'il demeure invisible. Dès lors, l'individu - et avec lui le peuple tout entier - est astreint, de façon contraignante, à vivre l'irrationnel, à le vivre de telle sorte qu'il va devoir utiliser son idéalisme le plus pur et ses dons les plus subtils pour réaliser selon une formule aussi parfaite que possible les folies de l'irrationnel. En petit nous assistons à un pareil spectacle chez notre malade; elle fuyait un mode de vie qui lui semblait irrationnel - celui que représentait Madame X - pour y retomber de façon pathologique et pour s'y adonner, avec la plus franche abnégation, auprès de son amie, qui était l'objet le plus mal choisi.

Il n'est qu'une possibilité : reconnaître l'irrationnel comme une fonction psychique qui, puisqu'elle existe toujours, doit être nécessaire, et considérer ses contenus, non pas comme des réalités concrètes (ce serait faire un pas en arrière) mais comme des réalités psychiques, car il s'agit de données efficientes, donc de choses réelles.

Or, nous l'avons vu, l'inconscient collectif apparaît comme le résultat des sédimentations précipitées par l'expérience humaine depuis des éternités, et en même temps comme un a priori de cette expérience, une image préformée du monde. Au sein de cette image certains traits ont pris au cours des siècles un relief particulier; je parle alors de dominantes de l'inconscient collectif ou archétypes.

Ce sont les valeurs régnantes, les dieux, c'est-à-dire des images de lois prédominantes, de principes découlant des moyennes régulières dans la succession des représentations, dont l'âme humaine renouvelle inlassablement l'expérience. Dans la mesure où ces images sont des représentations relativement fidèles des événements psychiques, les archétypes - c'est-à-dire les caractères généraux dominants mis en relief par la sommation d'expériences analogues - correspondent aussi à certains caractères fondamentaux et généraux du monde physique. C'est pourquoi il est possible de transférer des images archétypiques, à titre de notions conceptuelles, sur des processus physiques. Ainsi, par exemple, l'éther, cet élément archiséculaire, souffle ou âme, qui est représenté, pour ainsi dire, dans les conceptions du monde entier; et aussi l'énergie, la force magique, conception répandue, elle aussi, dans tout l'univers.

Pp 168, chap. VII : Les archétypes de l'inconscient collectif, ibid.