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« Le "Jugement Dernier", ne peut, ne pourra se faire, QUE sur les paroles dites en tous les temps par les hommes et les responsables des diffusions qui ont conditionné le monde, au TEST du Testament du Christ qui l'a ré-digé au commencement pour qu'en Fin il s'ouvrit et con-Fonde toute la Dispersion, cette "Diaspora" "tra-issante" ou trahissante à travers l'Ordre Divin de Rassemblement. Qui, quelle religion, quelle académie, quelle initiation, s'est voulue assez large de coeur et d'esprit pour rassembler toutes les brebis égarées de la Maison d'Israël, c'est-à-dire, non pas le pays des juifs, mais la Maison de Dieu qu'est le Verbe par TOUT : IS-RA-EL : "l'Intelligence-Royale-de Dieu", contre laquelle l'homme doit "lutter", "l'emporter" (de la racine hébraïque sârôh), ce qu'est en vérité l'antique Iswara-El, cette "Agartha" invisible, enfouie dans les profondeurs de la "Terre", c'est-à-dire de l'Homme, dans ses ténèbres. »

André Bouguénec, Entretien avec l'homme, article Qui est Judas ?

 

 

 

Histoire de la religion et des cultes - Encyclopédie théologique de l'Abbé Migne

La Religion, comme l'indique son étymologie latine, est le lien qui unit l'homme avec Dieu; elle comprend la somme des devoirs, tant intérieurs qu'extérieurs, auxquels la créature raisonnable est tenue envers son créateur.

Il n'y a qu'une seule religion véritable, comme il n'y a qu'un Dieu. Elle doit subsister depuis le commencement du monde jusqu'à la fin des temps, parce que, dans tous les temps, l'homme doit à son auteur le tribut de ses hommages et de son adoration. Elle doit être appropriée à toutes les classes de la société, parce que toutes ont des devoirs à remplir envers Dieu. Enfin elle doit être toujours la même quant à la substance, parce que Dieu est toujours le même. Cependant la religion véritable peut subir plusieurs phases dans sa forme, suivant les différents rapports qui peuvent s'établir entre Dieu et les hommes.

Ordinairement on admet trois phases dans la religion véritable, que l'on divise en religion naturelle, religion judaïque et religion chrétienne. Mais nous ne saurions accueillir cette division. Nous ne reconnaissons pas de religion naturelle, car nous croyons l'esprit humain, abandonné aux seules forces de la nature, ou, si l'on veut, de sa raison, impuissant à parvenir à la connaissance de la divinité et des rapports qui l'unissent avec les hommes. Dieu seul a pu se faire lui-même connaître à l'homme, et les notions théologiques répandues parmi tous les peuples de la terre, qu'elles soient plus ou moins claires, plus ou moins confuses, n'ont pas d'autre origine que la révélation. Si par religion naturelle on entend seulement la forme de culte ou l'ensemble des croyances qui ont précédé la révélation mosaïque, nous préférerions lui donner le nom de religion ou de culte patriarcal. Nous ne ferons pas plus de grâce à l'expression de religion mosaïque ou judaïque, car Moïse n'a point apporté une religion nouvelle, il n'y a point eu de nouveaux dogmes révélés par son ministère; les rapports généraux des hommes avec Dieu n'ont point été changés. Moïse a donné au peuple hébreu, non point une religion, mais une loi; il est vrai que cette loi était essentiellement conservatrice de la religion, et qu'elle réglementait les cérémonies du culte; mais cette loi ne regardait que le seul peuple d'Israël : elle avait pour objet spécial de préparer la grande phase religieuse qui devait se manifester plus tard, en séparant les Israélites des autres nations et en les forçant, pour ainsi dire, de conserver le dépôt de la promesse qui allait s'oblitérant dans presque tous les autres peuples. Mais cette loi, bien loin de renfermer un symbole, faisait à peine allusion aux grandes vérités religieuses, telles que l'immatérialité et l'immortalité de l'âme, les peines et les récompenses futures, dogmes qui étaient professés par tous les peuples ; et si le législateur hébreu insiste avec tant de force sur l'unité de Dieu, c'est que cette vérité était précisément celle qui avait donné lieu aux plus monstrueuses hérésies. Dieu, en donnant la loi mosaïque, n'abolissait point le culte patriarcal, sans quoi le salut eût été impossible dans les nations étrangères. Les livres des Juifs parlent avec éloge de saints personnages étrangers à leur culte, comme de Job et de ses trois amis; et lorsque Naaman le Syrien voulut embrasser le culte du vrai Dieu, c'est-à-dire la religion véritable, le prophète Elie ne l'obligea qu'à renoncer à l'adoration des idoles, sans lui imposer aucune des prescriptions judaïques.

Quant à nous, nous n'admettons que deux phases dans la religion véritable : c'est la phase de la promesse et celle de l'accomplissement.

La première a duré depuis l'expulsion du paradis terrestre jusqu'à l'établissement de l'Evangile ; son symbole peut se résumer en la croyance à l'unité de Dieu, créateur et conservateur de tous les êtres, à l'immortalité de l'âme, aux peines et aux récompenses futures, à la nécessité de rendre à Dieu le culte qui lui est dû, de faire le bien, d'éviter le mal, à la chute de l'homme et à l'attente d'un Rédempteur ou du moins d'une rédemption future. Mais il y a toute apparence que Dieu avait fait à l'homme une révélation encore plus explicite, et qu'il lui avait même indiqué la manière dont il voulait être servi et honoré ; car, dès l'origine même de la société, nous voyons les sacrifices établis ; les deux premiers enfants d'Adam sont représentés comme offrant à Dieu, l'un, des animaux domestiques; l'autre, des fruits de la terre. Or le sacrifice suppose non seulement une grande dette contractée par le genre humain, mais encore une sorte de compromis par lequel le maître offensé veut bien se contenter d'une victime substituée au pécheur, et dont l'effusion du sang était en même temps un symbole et une prophétie. Elle était un symbole, en ce qu'elle rappelait à l'homme la peine qu'il avait méritée lui-même ; elle était une prophétie, en ce qu'elle le préparait au suprême sacrifice qui devait opérer sa régénération. Ces sacrifices sanglants et non sanglants se sont perpétués dans tous les âges et chez tous les peuples ; témoins Noé, Melchisédech, Abraham, Job, et même toutes les nations païennes ; ce qui prouve que la grande vérité de la chute de l'homme a toujours été crue et professée. En effet, nous la trouvons consignée dans un grand nombre d'écrits anciens des différents peuples, bien que la plupart aient perdu la tradition du fait historique ; et tout porte à croire que les anciens avaient, sur cette vérité comme sur beaucoup d'autres, des connaissances bien plus positives qu'on ne leur en suppose communément ; mais une multitude innombrable de leurs livres sont perdus à jamais ; et le petit nombre de documents théologiques qui ont survécu à ce grand naufrage littéraire nous a été transmis par les écrivains grecs, qui les ont façonnés et adaptés à leur philosophie : or les Grecs sont précisément de tous le peuples ceux qui se sont le plus éloignés des traditions primitives. Bien loin de jouer le rôle de conservateurs, ils ont au contraire ruiné et anéanti tout ce qui leur a passé par les mains, soit en s'assimilant les doctrines étrangères et en les habillant à leur mode, soit en les rejetant tout à fait comme une œuvre de barbarie ; nous en disons à peu près autant des Latins. Qu'ont-ils fait des livres et des doctrines des Egyptiens, des Phéniciens, des Syriens, des Carthaginois, et de tant d'autres peuples ? Pas un seul n'est resté ; et à leur place ils nous ont gratifiés de leurs propres élucubrations et de leurs systèmes, qui sont un véritable chaos; tandis que les nations qui n'avaient pas subi leur influence, nous ont transmis des livres antiques qui nous ramènent à la croyance des premiers Ages. Aussi les doctrines antiques des Chinois et des Indiens, par exemple, nous sont bien plus accessibles et bien plus connues, malgré la prodigieuse distance de ces peuples, que celles des Egyptiens et des Syriens qui demeuraient pour ainsi dire à nos portes ; et il se trouve que ces doctrines renferment de précieux monuments des traditions primitives.

On pourrait peut-être encore rapporter à la révélation première le dogme trinitaire que nous retrouvons, plus ou moins altéré, chez les Hindous, les Egyptiens, les Persans, les Syriens, les Grecs, les Romains, et jusque dans les îles les plus reculées de l'Océan; mais presque partout il s'est résolu en trithéisme et en polythéisme ; c'est sans doute la raison pour laquelle nous n'en voyons presque aucune trace dans les livres hébreux; le penchant naturel des hommes au polythéisme, à cette époque reculée, a dû rendre les législateurs inspirés et les prophètes très circonspects sur cet article délicat, et les empêcher de l'exprimer d'une manière claire et explicite, dans la crainte de voir les Israélites prendre le change et donner, comme les autres, dans le trithéisme. Nous ferons à peu près la même observation sur le mode de la rédemption. Où les Indiens ont-ils pris que la seconde personne de la Trinité était celle qui devait sauver les hommes, et qu'elle les sauverait en s'incarnant au milieu d'eux ? Comment les Grecs ont-ils pu attendre le salut des souffrances d'un homme solidaire de l'humanité tout entière, comme il résulte du mythe de Prométhée ? D'où vient que toute l'Europe tournait ses regards vers l'Orient, tandis que les Chinois attendaient le Saint de l'Occident ? D'où vient cette idée d'une vierge mère que nous trouvons dans plusieurs théogonies ? Toutes ces questions, et bien d'autres encore, peuvent être résolues par cette seule réponse : Ce sont autant de précieux monuments des traditions primitives, qui ont traversé les siècles en se modifiant, en se corrompant quelquefois, mais qui cependant rappellent encore d'une manière frappante la révélation faite aux premiers hommes. C'est là encore qu'il faut chercher l'origine de ces noms propres encore fort reconnaissables soit dans leur articulation, soit dans leur traduction, et qui ont une coïncidence frappante avec ceux qui nous ont été transmis dans la Genèse.

Mais, nous l'avons déjà dit, ces traditions, quelque pure qu'en fût la source, ne pouvaient se conserver parmi les hommes dans leur intégrité et dans leur vérité, sans une autorité universellement reconnue, sans un tribunal ayant la mission spéciale d'en conserver le dépôt intact. L'autorité patriarcale dut suffire pendant longtemps; mais lorsque les différentes tribus de la race humaine commencèrent à s'isoler les unes des autres et à vivre ensemble dans un état d'hostilité, l'unité de foi fut rompue ; les erreurs surgirent de tous côtés, elles grossirent; elles prirent une proportion effrayante ; la pure tradition, sans se perdre tout d'abord, alla s'affaiblissant ; elle dut céder peu à peu à l'empire des passions, des préjugés ; en vain quelques sages voulurent-ils s'opposer au torrent et rappeler les peuples à la vérité comme ils n'avaient point de mission surnaturelle et divine, leurs paroles restèrent sans effet, ou du moins elles ne purent entièrement comprimer l'erreur; souvent même le torrent les entraîna; voyant qu'ils ne pouvaient l'arrêter, ils cherchèrent à le diriger ; et leurs ouvrages portent des traces frappantes de la lutte que la vérité eut à soutenir contre l'erreur.

Si la totalité du genre humain eût persévéré dans cette voie, tout était perdu ; il ne serait plus resté aucun moyen de rattacher la nouvelle société à l'ancien monde ; ou bien l'on n'aurait procédé que par tâtonnements, comme des aveugles, sans jamais être assuré d'être parvenu à la vérité. C'est pour éviter ce malheur irréparable que la divine Providence se trouva en quelque sorte nécessitée de se choisir un peuple à part pour le rendre dépositaire des promesses. Or il fallait d'abord l'isoler des autres nations, et l'empêcher de se fondre avec elles, d'embrasser leurs erreurs d'une manière permanente. De là tant de soins et de préparatifs pour fonder ce peuple, tant de merveilles pour constater l'intervention divine, tant de lois particulières, de règlements minutieux, de prohibitions rigoureuses pour empêcher sa fusion avec les nations voisines ; tant d'inspirations et de révélations successives, qui, tout en se corroborant mutuellement, étaient proportionnées à la capacité des générations; tant de prédictions ayant le même fait pour objet, et qui, assez vagues dans le principe, devenaient plus précises à mesure qu'on approchait de l'époque où ce grand fait allait s'accomplir. La nation judaïque a donc joué dans l'ancien monde un rôle d'une immense importance.

Mais pendant que la divine Providence semblait concentrer sur les Juifs seuls les intérêts de tout le genre humain, elle n'abandonnait pas cependant les autres peuples à leur corruption et à leur sens dépravé, sans leur fournir le moyen de se rattacher à la révélation primitive, de revenir à la pure doctrine, et de ne pas perdre de vue le grand œuvre de la régénération qui devait s'accomplir. C'est à quoi ont concouru les pérégrinations incessantes des patriarches, ancêtres du peuple juif, les longues marches et les nombreuses stations des Israélites, dans les différentes contrées de l'Orient, leurs victoires sur les nations voisines, le grand et glorieux empire de Salomon, ses expéditions lointaines à travers les terres et les mers, la dispersion des dix tribus, la captivité de Babylone, qui porta l'émigration jusqu'aux extrémités de la terre ; de là ces colonies juives établies de toute antiquité dans l'intérieur de l'Afrique, dans l'Hindoustan et jusque dans la Chine ; combien d'autres faits importants ont dû se passer, sans que nous en ayons eu connaissance ! Au reste le peuple juif était admirablement placé dans les vues de la Providence ; au centre du monde connu, à la porte de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe, toutes les nations convergeaient vers lui. A mesure que l'on s'éloignait des premiers âges, les membres de la nation juive se disséminaient de plus en plus parmi toutes les nations, et des monuments authentiques font foi qu'ils n'étaient alors guère moins répandus qu'ils ne le sont aujourd'hui. Aussi tout l'univers était-il préoccupé d'un grand événement futur, il était l'objet des raisonnements des philosophes, des oracles des dieux, des prédictions des sibylles, peut-être aussi du secret des mystères.

Mais une ère nouvelle était sur le point de briller, un grand mystère allait s'accomplir; la lumière allait se faire dans tout l'univers ; il fallait préparer les voies à cet événement solennel, faciliter cette phase régénératrice. Les peuples s'ébranlent et se heurtent, les empires s'écroulent, toute la terre est dans l'enfantement. Au fond de l'Occident, un petit peuple, naguère inconnu, se lève, s'annonce fièrement au monde, s'avance à pas de géants, et marchant de conquêtes en conquêtes, s'étend, s'agrandit, envahit toute la terre, et réunit toutes les nations sous le même sceptre, sous les mêmes lois et leur impose la même langue. Après des siècles de luttes et de combats, l'univers jouit enfin d'une paix profonde. Alors paraît le Grand Prophète, le Saint, l'Envoyé de Dieu, le Désiré des nations, le Prince de la paix, le Christ, l'Emmanuel. Il ne vient pas abolir la religion ; il vient au contraire pour l'accomplir, la sanctionner, la réaliser, en déterminer immuablement les bases, la rendre vraiment universelle. Le grand secret est révélé : l'homme a péché ; il faut que l'homme soit puni ; le sang impur des animaux ne saurait laver sa souillure ; le sang de l'homme lui-même, vicié dans sa source, n'eût pas été une satisfaction suffisante, d'ailleurs l'homme ne s'appartenait pas ; la satisfaction offerte par un ange eût été étrangère à la nature humaine. Mais le personnage chargé de la rédemption était en même temps homme et Dieu ; comme homme il était solidaire du péché ; comme Dieu, la satisfaction, avait un mérite infini. Il opéra le grand œuvre en remplissant en même temps la double fonction de pontife et de victime.

La seconde phase religieuse est commencée ; c'est la phase de l'accomplissement et de la réalité ; toutes les vérités premières sont maintenues ; mais de nouveaux dogmes sont révélés ; et ce qui autrefois n'était enseigné qu'en figures et n'exigeait qu'une foi implicite, est proposé explicitement à la croyance ; parce que le monde était passé de l'enfance à l'âge adulte. En effet il était las du polythéisme, de l'idolâtrie et de tous les monstrueux systèmes enfantés par l'orgueil et par les passions ; il est en effet à remarquer que, depuis le Christ, aucun nouveau culte idolâtrique ne tenta de s'établir, et que les anciens allèrent en déclinant.

Le monde tourna donc les yeux vers les prédicateurs de la vérité, il les écouta avec avidité ; il trouva dans les révélations de la bonne Nouvelle la solution des problèmes qu'il avait cherchée si longtemps. La conduite de la providence dans l'ordre matériel et dans l'ordre moral, la cause et l'origine du bien et du mal, la véritable fin de l'homme, les moyens de connaître Dieu et de parvenir à sa possession, tous ces grands mystères qui l'avaient si longtemps préoccupé lui apparurent sans nuages et sans voiles, ou du moins il ne resta plus que ceux qui sont inhérents à l'imperfection de notre nature. Cependant il ne suffisait pas à l'Homme-Dieu d'avoir fait briller la vérité, il lui fallut encore ériger un tribunal conservateur de la révélation nouvelle, et juge des discussions qui pouvaient s'élever parmi les hommes, c'est ce qu'il fit par l'établissement de l'Eglise. Enfin il entrait dans ses vues providentielles de fournir à l'homme des moyens surnaturels de profiter des fruits de la rédemption et de parvenir au salut ; ces moyens sont les sacrements.

La religion ainsi accomplie, perfectionnée, assise sur des bases solides, devait nécessairement faire d'immenses progrès et marcher de triomphes en triomphes ; c'est ce qui eut lieu en effet, mais ce ne fut pas sans des luttes sanglantes ; car les vieilles erreurs ne s'avouèrent pas sitôt vaincues ; l'orgueil, la mollesse, les préjugés, les passions ne trouvaient pas leur compte à se soumettre à une religion qui préconisait l'humilité, le renoncement à soi-même, la mortification de la chair, la lutte perpétuelle contre ses propres penchants. Elles s'insurgèrent avec une violence inouïe contre le nouveau culte, et répandirent pendant trois siècles des flots de sang chrétien. Mais ce long carnage, qui aurait anéanti une œuvre humaine, semblait au contraire propager l'œuvre de Dieu. Enfin l'Evangile triompha, et la religion chrétienne s'assit sur le trône des empereurs. Elle eut aussitôt à subir un autre genre de combats; et ceux-ci lui furent suscités par ses propres enfants ; car si jusque-là elle avait eu à lutter contre les erreurs du dehors, c'est-à-dire du paganisme, il lui fallut alors soutenir cette lutte au dedans, c'est-à-dire contre les erreurs nées dans le christianisme même. Elle en triompha comme des premières ; mais il est de sa destinée de les voir perpétuellement se renouveler, selon que le lui a prédit son divin auteur ; car en apportant la lumière au monde, le Christ n'a point changé la nature humaine, et les passions doivent exercer leur ravage jusqu'à la fin des temps, qui est la limite de la seconde phase religieuse.

La religion aura une troisième phase, mais elle n'entre pas dans notre plan : c'est la phase de la plénitude et de la jouissance ; celle-ci n'aura lieu que dans le ciel, but et terme de la religion véritable.
Maintenant comment devons-nous envisager les autres systèmes religieux qui se sont partagé ou qui se partagent encore les différents peuples du monde ? Tout simplement comme des hérésies émanées de la religion véritable; comme des branches coupées et séparées du tronc. Or, comme nous avons trouvé deux phases dans la religion, il y a aussi deux classes d'hérésies: les unes sont sorties de la première phase ; ce sont celles que l'on est convenu d'appeler, assez improprement, religions païennes, et qui seraient mieux nommées infidèles ; et leurs erreurs roulent à peu près uniquement sur le premier article du symbole antique, c'est-à-dire la nature de Dieu : les autres sont émanées de la seconde phase, ou du christianisme, et on leur donne proprement le nom d'hérésies. Nous allons dire quelques mots des unes et des autres, sans prétendre cependant que l'ordre que nous allons assigner aux hérésies de la première période soit précisément celui dans lequel elles ont paru; car il règne beaucoup d'obscurité sur les époques reculées où elles ont pris naissance. On pourrait même avancer avec assez de vraisemblance, que toutes se sont manifestées à peu près simultanément, dans une époque très voisine de la dispersion des peuples après la construction de la tour de Babel.

1° Hérésies de l'ancien monde. - Nous pouvons d'abord poser hardiment en principe qu'aucun peuple ne perdit l'idée de l'existence de Dieu. Les erreurs ne roulèrent que sur la nature et sur les attributs de l'Etre souverain. Tant que les hommes étaient demeurés réunis, ils avaient conservé assez intact le dépôt des traditions primitives : régis par les patriarches contemporains du déluge ou qui avaient reçu le dépôt de la tradition de Noé et de ses enfants, leur foi était restée pure ; mais la famille humaine grossissant considérablement, il lui fallut se séparer; les tribus se dispersèrent, on fonda des colonies au loin ; les relations furent interrompues ; les liens de l'autorité patriarcale furent brisés. Cependant le sentiment religieux dominait toujours ; et dans toutes les émigrations il y avait toujours des individus revêtus d'un caractère sacré qui étaient chargés de présider aux cérémonies du culte, quand ce n'était pas le chef lui-même de la colonie qui remplissait les fonctions de pontife, comme cela arrivait très fréquemment, Mais à mesure qu'on s'éloignait du temps et des lieux de la révélation, les cérémonies et les institutions durent se modifier, selon les climats, les mœurs, le caractère et les coutumes des peuples. Ceux qui demeurèrent sous le beau ciel de l'Orient n'avaient qu'à lever les yeux pour apercevoir des merveilles sans nombre. Pendant le jour, un astre étincelant de splendeur les inondait sans cesse d'un océan de lumière; c'était lui qui semblait vivifier et féconder la nature, qui faisait germer les grains, mûrir les fruits, qui dorait les moissons, qui pompait les vapeurs de la terre et les répandait ensuite en bienfaisantes rosées. Durant la nuit, un spectacle non moins solennel frappait leurs regards : un autre astre d'un aspect mélancolique, à la lumière douce et paisible, semblait rafraîchir la terre, et provoquer tous les êtres au repos; des myriades de feux scintillaient dans la voûte azurée, de fréquents météores sillonnaient l'espace et semblaient mettre la terre en communication avec le ciel. Cette majesté du firmament les frappait d'étonnement et d'admiration. Le soleil fut pour eux l'image du Dieu véritable; ils se tournèrent vers lui pour prier, afin de rendre grâces au Seigneur de la plus brillante de ses œuvres ; jusque-là le culte était encore pur. Mais bientôt ils adorèrent Dieu dans son symbole; puis leurs hommages n'allèrent pas au delà du symbole. Ils supposèrent qu'un astre si régulier dans son cours, si bienfaisant dans ses effets, si constamment le même, devait être mû et dirigé par une intelligence supérieure, ou qu'il avait la vie en lui-même ; ce devait être la divinité la plus proche des hommes, celle qui avait été chargée spécialement par le Très-Haut des intérêts de notre monde sublunaire ; c'était donc une sorte de médiateur entre lui et les hommes. En conséquence ils l'adorèrent d'une manière explicite. La lune et les étoiles ne pouvaient être que les ministres du soleil; c'étaient des génies secondaires, qui avaient chacun leur mission et leur spécialité; ils eurent en conséquence leur part du culte et des hommages des hommes; et le Sabéisme fut organisé : il régna dans l'Asie presque tout entière, mais principalement dans la Chaldée, dans l'Assyrie, dans l'Arabie, la Perse, les Indes, le Pérou, etc.

Cette hérésie en enfanta une autre. Comme les astres du firmament n'étaient pas toujours visibles, et qu'ils se dérobaient périodiquement aux regards de leurs adorateurs, on chercha un symbole de ces prétendues divinités; le feu parut l'emblème le plus frappant; de plus, on le croyait émané du soleil; on alluma donc un feu sacré aux rayons de cet astre; on l'entretint avec un superstitieux scrupule et on lui rendit les mêmes hommages qu'au soleil; c'est ce qu'on appelle la pyrolatrie. Plusieurs écrivains modernes soutiennent que le feu n'a jamais été expressément adoré; mais ils sont contredits par les auteurs anciens, contemporains de ce culte, et qui, par conséquent, devaient savoir ce qu'il en était. Si le feu n'était qu'un simple symbole, pourquoi regardait-on comme un crime rémissible et digne de mort d'éteindre avec de l'eau même le feu domestique, de souffler dessus, d'y jeter des matières réputées impures, etc. Il est bien difficile d'imaginer que les Indiens ne regardaient pas comme une divinité un élément auquel ils adressaient cet hymne : « Avec des holocaustes, toi, dieu magnifique, avec des chants divins et des offrandes, source de lumière, plein de majesté, nous t'adorons, ô feu; nous t'adorons, ô feu, avec des holocaustes; nous t'honorons avec des louanges, ô toi, digne de tout honneur; nous t'honorons avec du beurre liquide, ô sacrificateur; nous t'adorons avec du beurre, dieu, source de lumière. O feu, visite notre offrande avec les dieux; accueilles-en la présentation avec bonté. A toi, ô dieu, nous sommes dévoués. O vous, maintenez-nous dans la voie du salut. »

Du culte du feu on passa à celui des éléments, et l'on arriva ainsi au naturalisme. La terre est la mère commune de toutes les substances animées et inanimées ; c'est de son sein qu'elles sortent, ou de ses productions qu'elles les nourrissent; c'est par elle que tout subsiste : on la regarda donc comme un principe. Mais que peut la terre sans le secours de l'eau, sans les rosées, les pluies, les fleuves qui viennent développer les germes de sa fertilité, elle demeurerait stérile, et se trouverait bientôt dénuée d'habitants. C'est l'eau qui féconde, conserve et fait croître tout ce qui a vie, tout ce qui végète; c'était encore un principe. Le feu, en pénétrant les deux autres éléments, leur communique une partie de sa vigueur, développe leurs propriétés, et amène tout, dans la nature, à cet état de maturité et de perfection, auquel rien ne saurait parvenir sans lui; ce fut un troisième principe. Enfin l'air ou l'atmosphère est nécessaire à l'entretien des êtres; c'est lui qui transmet la chaleur, l'humidité, la lumière, qui entretient par la respiration la fluidité du sang; il est même de première nécessité à tout ce qui respire ; que l'animal en soit privé un seul instant, il périt infailliblement; ce fut un quatrième principe; et ces principes furent jugés dignes d'adoration. Une fois entrés dans cette voie, les hommes n'avaient point de motif pour s'arrêter.

On divinisa le ciel, les astres, les nuages, les phénomènes célestes, les montagnes, les mers, les fleuves, les fontaines, les rochers, les arbres, les animaux, et on arriva insensiblement au panthéisme.

L'allégorie et le symbolisme furent une autre cause d'hérésie et d'erreur. A une époque où les traditions primitives étaient encore assez familières, on usa de termes nouveaux pour raconter la cosmogonie réelle, ainsi la terre fut représentée comme ayant été longtemps, dans son principe, sous l'empire ou le règne du chaos; vint ensuite l'empire de l'eau ou de l'Océan, qui avait tenu le globe terrestre englouti pendant de longues années, puis celui du feu qui l'avait peu à peu desséché ; celui du Soleil qui l'avait enfin inondé de ses rayons. On voulut consigner ces vérités sous des emblèmes et des figures, faute de caractères graphiques qui n'étaient pas encore inventés. On les symbolisa sous la forme humaine accompagnée d'attributs de convention. Peu à peu on s'accoutuma à envisager comme des personnalités le chaos, l'océan, le feu, la lumière, le soleil, etc. Les langues étant venues à se modifier ou à changer complètement, on garda les dénominations de la langue antique, et comme on ne les entendait plus, on en fit des noms propres. Dès lors les divers phénomènes cosmogoniques devinrent des individus doués d'une vie immensément longue, et comme tels, différents de la nature humaine; c'étaient donc des dieux, ou du moins des êtres surnaturels, soumis à la divinité suprême, mais supérieurs aux hommes; on chercha à déterminer les années de leur règne; on leur composa des légendes toujours basées sur l'allégorie. D'autres les considérèrent comme les ancêtres de la race actuelle, bien dégénérée de ce qu'elle était autrefois.

C'est d'après le même système qu'on symbolisa les principes fécondant et fécondé de la nature, la nature elle-même et tous ses phénomènes, les semailles, la floraison, la fructification, la moisson, la crue des fleuves, les travaux de la campagne, le cours du soleil, celui de la lune, des planètes, la succession des saisons, celle du jour et de la nuit, etc., etc. Ces symboles finirent par être acceptés comme des réalités, et le panthéon s'élargissait de jour en jour. Ces allégories étaient en grand honneur chez plusieurs peuples anciens, et particulièrement chez les Egyptiens, les Phéniciens, les Lydiens, etc.

Les Assyriens, les Chaldéens et les Babyloniens basèrent leur symbolisme sur l'astronomie; ils divisèrent le temps, l'espace et le lieu en trois zones rapportées à autant de dieux avec lesquels elles se confondirent. La première était le Temps sans bornes, identifié avec la divinité suprême, invisible, incompréhensible, éternelle; le Temps long et borné, qui est la révolution du firmament, ou du ciel des étoiles fixes ; et le Temps périodique, qui est la révolution du ciel mobile. Le premier représente l'éternité, et prend les noms de Zérouané Akéréné, Chronos, Saturne; le second représente le temps assigné par le dieu suprême à la durée du monde créé, exprimé symboliquement par un grand cycle de douze millénaires répondant aux douze signes du zodiaque ; on l'appelle Or Ormuzd, Bélus, Jupiter ; le troisième exprime la durée du mouvement du soleil et de la lune, ou la durée des douze mois de l'année ; elle reçoit le nom de Mithra, Mylitta, Vénus-Uranie.

La reconnaissance, l'adulation, la flatterie, l'orgueil, la servitude, produisirent l'apothéose, nouvelle source d'erreurs. On garda le souvenir des grands hommes qui avaient colonisé les contrées sauvages, bâti des villes, fondé des empires, doté l'humanité de nouvelles découvertes, ou qui s'étaient signalés dans les combats; on leur érigea des monuments, des statues; on institua en leur honneur des fêtes anniversaires qui attiraient un grand concours de peuples. On les honora comme des héros, comme des bienfaiteurs de l'humanité, des demi-dieux; on les préconisa comme envoyés par les dieux, fils des dieux; on finit par les identifier avec les divinités antiques; on leur éleva des temples et des autels, on leur offrit des sacrifices. Plusieurs despotes, se considérant dans leur orgueil comme étant d'une nature supérieure à ceux qui leur étaient soumis, voulurent se faire rendre ces honneurs même pendant leur vie; ils se firent appeler dieux, et décerner les honneurs divins.

Toutes ces erreurs enfantèrent l'idolâtrie, honte éternelle de l'esprit humain, qui s'avilit jusqu'à prodiguer ses adorations et son culte à des objets inanimés, fabriqués par la main des hommes. C'est en vain que certains écrivains modernes voudraient soutenir que jamais l'idolâtrie proprement dite n'a été pratiquée, et que les peuples regardaient les idoles comme des images ou des emblèmes, et non point comme une divinité digne par elle-même de recevoir les hommages des mortels. L'histoire est là pour les démentir; elle fournit la preuve que, si quelques-uns savaient se reporter au delà de l'image, le plus grand nombre s'y arrêtait et rendait son adoration au bois et à la pierre. Voy. les preuves que nous en apportons à l'article IDOLÂTRIE.


Comment ne pas convenir que les peuples anciens aient été réellement idolâtres, quand nous voyons, encore aujourd'hui, de nombreuses tribus trembler devant un animal vivant ou mort, devant une pierre brute, une tuile, une plume, un colifichet, etc., leur offrir des adorations et des sacrifices ?

Le fétichisme, qui est le degré le plus infime de l'idolâtrie, est encore pratiqué de nos jours par un grand nombre de peuplades de l'ancien et du nouveau continent. Voy. FÉTICHISME.

D'autres peuples, sans être descendus si bas, n'en étaient pas moins tombés dans l'erreur. A mesure que l'on perdait le souvenir de l'histoire réelle de la chute de l'homme, l'origine du bien et du mal devenait un mystère. On se souvenait cependant qu'un être mauvais avait corrompu l'œuvre de Dieu, qu'il avait infecté la race humaine de son poison, et qu'il exerçait toujours des ravages dans les domaines du Créateur. On en fit un être puissant, presque l'égal de Dieu, et qui après avoir commencé avec celui-ci, dans le ciel, une lutte formidable, la continuait encore sur la terre. Il était survenu entre les deux parties belligérantes une sorte de pacte ou de compromis qui, tout en les tenant sans cesse en présence, avait cependant précisé leurs droits mutuels, et ce pacte devait durer pendant un temps déterminé. Cette conception est la base du Mazdéisme ou Magisme professé par les Perses.

La plupart des nations païennes professaient la croyance en un Dieu suprême, immense, infini, incorporel, éternel, tout-puissant; mais elles supposaient que, trop grand pour s'occuper explicitement de ce monde, il s'était reposé sur des divinités subalternes du soin de le créer, de le régir et de gouverner les hommes ; et c'était toujours à ces dernières que l'on rendait un culte, que l'on offrait des adorations et des sacrifices. Or, parmi ces dieux secondaires, il y en avait toujours un qui représentait la divinité suprême et qui en avait les attributs, bien qu'il en fut une production ; tels étaient le Brahmà des Indiens, l'Ammon-Ra des Egyptiens, l'Ormuzd des Perses, le Baal des Syriens, le Zeus des Grecs, le Jupiter des Latins, l'Odin des Scandinaves, etc.

Cependant, à côté de ces aberrations presque générales, il y avait, au fond de l'Asie orientale, un grand peuple qui avait conservé des traditions plus pures et des notions plus saines sur la nature de Dieu et ses attributs. Ce sont les anciens Chinois. Chez eux point d'images, ni d'idoles ; point d'apothéose des grands hommes, point d'adoration des astres. Ils croyaient en un Dieu unique, spirituel, infiniment élevé au-dessus du ciel, et néanmoins environnant les hommes de sa providence universelle. Ils enseignaient que ce Dieu voyait tout, même les plus secrètes pensées des coeurs ; qu'il fallait le craindre, le respecter et l'adorer ; les sacrifices publics lui étaient offerts par la nation tout entière, et c'était le souverain qui remplissait alors les hautes fonctions de sacrificateur et de grand pontife ; enfin ils attendaient le Saint qui devait apparaître aux extrémités de l'Asie occidentale. C'est pourtant ce peuple qu'on a accusé d'athéisme ; on a prétendu qu'il n'avait pas la moindre notion de Dieu, qu'il manquait même, dans sa langue, de mot pour exprimer la divinité ; que, quand il voulait se conformer aux locutions des autres peuples, il était obligé de se servir du mot ciel pour désigner l'être souverain ; que le ciel matériel était l'unique objet de son culte et de ses hommages. Quant à nous, nous sommes plus portés à croire que le mot Thien a, au contraire, signifié Dieu, avant de désigner le ciel matériel (Voy. DIEU); et nous mettons une grande différence entre la doctrine des anciens Chinois et celles qui ont été émises par Lao-tseu et Confucius. Ces théosophes, tout en cherchant à moraliser les hommes, ont affaibli malheureusement en eux le sentiment de la divinité, et ont par la suite provoqué la secte rationnelle du Ju-Kiao, dans laquelle on se passe totalement de Dieu ; en voulant faire aimer et pratiquer la vertu pour elle-même, ils n'ont abouti qu'à faire prendre pour des vertus des pratiques cérémonieuses et maniérées, et à rendre les Chinois le peuple du monde le plus rempli de suffisance et de mauvaise foi.

Nous ne prétendons pas toutefois que les doctrines anciennes aient été exemptes de tout blâme ; car, à côté du culte de Dieu, on vit bientôt s'élever celui des génies ; on en fit autant de puissances secondaires, qui commandaient aux éléments, concouraient au gouvernement du monde, et se partageaient les adorations des hommes. Plusieurs personnages des temps héroïques reçurent ensuite une sorte d'apothéose et furent honorés comme des génies.

L'ancienne religion du Japon a cela de particulier, que les hommages sont adressés aux kamis tout seuls, sans que les Japonais aient paru admettre de divinité supérieure.

Mille ans environ avant notre ère, il s'éleva, dans l'Asie centrale, l'hérésie la plus singulière et la plus monstrueuse qui ait jamais paru : le bouddhisme. A la vue de tous les systèmes absurdes qui se disputaient alors les croyances, et de tous les désordres qui affligeaient la société, les fondateurs de ce système crurent qu'il fallait établir de nouvelles bases de la morale. Dieu fut dès lors tout à fait retranché ; on posa même en principe qu'il n'existait pas, non pas toutefois pour pouvoir s'abandonner librement à la fougue de ses passions, comme les athées modernes, car on insista avec encore plus de force peut-être sur la nécessité de faire des bonnes œuvres, d'éviter le mal, de combattre la concupiscence, de se vaincre soi-même ; on établit un culte étrangement sévère ; on dénonça aux prévaricateurs de terribles châtiments dans l'autre vie. Mais l'ordre moral et matériel de l'univers, le bien et le mal, la vertu et le vice, la jouissance et la souffrance, la vie et la mort, furent considérés comme le résultat nécessaire d'un ordre de choses immuable et inflexible. Tous les êtres depuis l'ange jusqu'à l'homme, au démon, à la brute, à la matière inerte, ont une origine et une fin commune; tous volutent dans un cercle immense de mérites ou de démérites, dans lequel ils sont appelés à s'élever sans cesse, et à se spiritualiser de plus en plus en passant successivement dans les diverses conditions des êtres suivant leur degré de perfection, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à la béatitude suprême, qui consiste à être perdu dans l'immensité, exempt de toute espèce d'affection, insensible au plaisir et à la peine, à n'avoir plus même conscience de sa personnalité et de son existence ; état très voisin de l'anéantissement, s'il n'est pas le néant même. Cependant nous ne taxons pas ce système d'athéisme ; nous le considérons au contraire comme un véritable panthéisme, dans lequel l'âme suprême est confondue avec la matière, et en subit nécessairement toutes ses phases et ses accidents.

Le paganisme des Grecs et des Romains, tel qu'il était professé vers l'époque de la rédemption, avait cela de particulier et de commun cependant avec celui des Indiens, qu'il réunissait toutes les erreurs que nous avons dû mentionner succinctement et beaucoup d'autres encore ; on dirait que ces peuples, qui se vantaient à bon droit d'être Ies plus avancés en civilisation, en sagesse et en science, avaient pris à tâche d'accueillir toutes les absurdités et les erreurs qui avaient pu éclore dans l'esprit humain. Le culte des esprits, le sabéisme, le panthéisme, l'apothéose, l'idolâtrie proprement dite, le fétichisme le plus grossier, les doctrines les plus étranges et les plus opposées avaient été accueillies par eux ; il en était résulté parmi eux une absence de foi à peu près universelle ; le culte était devenu chez eux une affaire de forme, et une institution purement civile ; conséquemment il était incapable de satisfaire le coeur, de morigéner l'homme et de le rendre vertueux.

Aussi le libertinage le plus éhonté régnait avec empire et ne prenait pas même la peine de se cacher; les devoirs mutuels des hommes les uns à l'égard des autres étaient méconnus et foulés aux pieds ; on faisait couler des flots de sang humain, pour amuser le Peuple dans le cirque et dans les amphithéâtres ; les esclaves, les vaincus n'étaient plus regardés comme faisant partie de l'espèce humaine, et on ne se faisait pas le moindre scrupule de les jeter dans les viviers pour engraisser les murènes.

La société, une fois arrivée à cet excès de dépravation jointe à un si haut degré de science et de culture intellectuelle, ne pouvait que tomber dans une complète barbarie et périr. Le Christ vint et la sauva; il jeta les fondements d'un nouvel ordre moral qui, dès son apparition, exerça sa bienfaisante influence ; car, il ne faut pas se le dissimuler, bien longtemps avant que l'univers embrassât officiellement le christianisme, et lorsqu'on le persécutait encore, son esprit s'était déjà plus ou moins infiltré dans les coeurs et dans la législation païenne ; et, un trait bien remarquable, c'est qu'à dater de cette époque le principe du polythéisme fut aboli pour toujours ; car, depuis lors, il ne s'éleva plus aucune hérésie païenne. Mais l'esprit, quoique plus éclairé, n'en était pas moins sujet à l'orgueil, aux préjugés et aux passions ; il ne chercha plus guère la vérité en dehors de la religion chrétienne, mais il prétendit l'interpréter et la modifier pour la faire cadrer avec ses idées et ses systèmes, avec son amour propre et ses prétendues lumières ; de là une nouvelle série d'hérésies, qui se sont élevées depuis l'établissement du christianisme, en revêtant successivement des formes diverses, en rapport avec les passions, les intérêts et les préjugés du siècle qui les voyait naître.


2° Hérésies du monde moderne. - On peut les diviser en différentes périodes. Celles de la première furent l'effet du principe païen que l'on voulut introduire dans la révélation nouvelle. On les comprend toutes sous le nom général de Gnosticisme. C'était un mélange confus de la philosophie platonicienne, des mystères de l'Orient, de la magie chaldéenne, de la cabale juive, de la théurgie égyptienne et de l'éclectisme alexandrin.


Dans ce monstrueux système, la révélation divine ne se montrait qu'au second plan ; elle était subordonnée aux conceptions fantastiques de la Gnose ou de la connaissance humaine, dont elle devenait seulement une conséquence. Le Gnosticisme était le dernier soupir du paganisme ; plusieurs philosophes, en embrassant la religion chrétienne, y apportèrent leurs idées et leurs systèmes, et prétendirent les autoriser par l'Evangile. Les uns crurent y trouver la conception des deux principes ; d'autres, leur théorie de la formation du monde spirituel et matériel ; d'autres, la doctrine des Eons et des Génies : pour tous, le Christ n'était guère qu'une incarnation, un avatar, à la manière des Hindous, d'une puissance céleste, mais secondaire et distincte de Dieu ; plusieurs même ne lui prêtaient qu'une existence fantastique. Ces erreurs et toutes celles qui en furent la conséquence subsistèrent, avec de nombreuses modifications, pendant près de trois siècles. Les Manichéens en recueillirent les débris, et préparèrent les hérésies qui s'élevèrent plusieurs siècles après dans l'Asie et dans l'Europe

Vinrent ensuite les erreurs touchant la nature du Verbe incarné. Le principe païen avait disparu à peu près complètement au commencement du IVè siècle ; et les hérésies gnostiques n'avaient fait que peu de ravages dans l'Eglise chrétienne, parce qu'elles n'y touchaient que par un point, et qu'elles étaient venues du dehors. Mais les hérésies touchant l'Incarnation naquirent au sein du christianisme, y prirent des proportions considérables, causèrent d'immenses ravages, et mirent l'Eglise à deux doigts de sa perte ; elle serait même tombée complètement si elle n'eût été soutenue par son divin auteur ; cependant ces erreurs étaient encore émanées des anciennes doctrines philosophiques. Ce furent d'abord les Ariens qui enseignèrent que le Verbe était une créature, produite cependant avant tous les siècles, et dont Dieu s'était servi pour créer le monde ; ensuite les Nestoriens qui soutenaient qu'il y avait en Jésus-Christ deux personnes, l'une divine et l'autre humaine ; puis les Eutychiens qui prétendaient qu'il n'y avait en lui qu'une seule nature, comme une seule personne ; les Monothélites, qui voulaient qu'il n'y eût dans l'Homme-Dieu qu'une seule volonté ; enfin une multitude d'autres hérétiques qui attaquèrent successivement les dogmes fondamentaux du christianisme.

A peu près dans le même temps s'élevèrent les erreurs sur la grâce et le libre arbitre. Les uns, comme les Pélagiens, nièrent le péché originel et la nécessité de la grâce; les autres, comme les semi-pélagiens, firent encore une part plus large au libre arbitre ; d'autres au contraire soutenaient, avec les Prédestinatiens, qu'il n'y avait pas de libre arbitre, et que Dieu n'avait pas voulu sauver tous les hommes. Ces différentes erreurs furent renouvelées dans des temps plus rapprochés de nous.

Le VIIè siècle vit naître une hérésie formidable, qui se retrancha de la grande communauté chrétienne, en répudia même le nom et fit bande à part ; c'est le Mahométisme. Ce système se rattache cependant au christianisme, car il a accepté les livres et la tradition des juifs et des chrétiens ; il professe un égal respect pour Moïse et pour Jésus ; et il peut être considéré comme la conséquence des doctrines professées par les Ariens, les Nestoriens, les Eutychiens et les Prédestinatiens ; mais son fondateur rejeta les dogmes de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption, la doctrine du péché originel, l'efficacité des sacrements, etc.; soumit la femme à un servage perpétuel, changea les bases de la morale, et fonda un culte, un symbole et une législation absolument nouveaux.

Cependant un grand schisme se préparait dans le sein du christianisme ; l'Eglise orientale supportait impatiemment la primatie du souverain pontife établie à Rome ; il finit par la secouer tout à fait et à rompre le lien de l'unité. Dès lors, il demeura stationnaire, et s'il ne donna plus occasion à de nouvelles erreurs, il ne fit plus aucun progrès ; la science et la piété allèrent s'affaiblissant de jour en jour, et avec elles les vertus morales et civiles, la bonne foi, l'énergie, la véritable valeur. Séparés volontairement du reste de la famille chrétienne, les chrétiens orientaux ne purent se soutenir ; partout ils succombèrent sous l'autorité musulmane ; et depuis dix siècles ils gémissent sous le joug de la tyrannie la plus despotique.

La saine doctrine et les vertus évangéliques s'étaient refugiées en occident : c'est pourquoi les apôtres de l'erreur convergèrent autour du catholicisme pour lui porter des coups funestes. Les hérésies du moyen âge revêtirent un caractère différent de celui des siècles précédents. Ce fut principalement contre l'autorité de I'Eglise qu'on s'insurgea ; on attaqua la hiérarchie ecclésiastique, et l'on chercha à renouveler les erreurs manichéennes. Les Albigeois, les Vaudois, les Pauvres de Lyon et mille autres sectes troublèrent fréquemment la paix de l'Eglise, mais ne lui portèrent pas des coups aussi terribles à beaucoup près que les Sacramentaires des derniers siècles.

Ceux-ci, qui avaient eu pour précurseurs Jean Rus, Jérôme de Prague, Wiclef, etc., regardent comme leurs principaux coryphées Luther, Calvin, Zwingle, Mélancthon et plusieurs autres, qui tous ensemble organisèrent contre l'autorité de l'Eglise une immense insurrection. Sous prétexte de réforme, ils secouèrent le joug de l'autorité ; et tout en prétendant ramener les peuples à la foi des apôtres, ils abolirent une grande partie des cérémonies religieuses, retranchèrent une portion notable des croyances et des dogmes, rejetèrent presque tous les sacrements, établirent une nouvelle discipline, et appelèrent tout le monde individuellement à se constituer juge de la foi et de la parole de Dieu. Sous le nom de Protestants, ils levèrent l'étendard de la révolte, et entrainèrent dans leur défection plusieurs nations puissantes de l'Europe. Mais le principe d'indépendance qu'ils avaient posé ne tarda pas à porter ses fruits, et, depuis trois siècles, les Protestants n'ont cessé de se fractionner en une multitude innombrable de sectes, qui se condamnent mutuellement, mais qui ne manquent pas de se réunir et de faire cause commune, lorsqu'il s'agit de combattre l'Eglise romaine. Ajoutons que l'on trouve dans les différentes communions protestantes la réunion de toutes les erreurs sans exception, qui ont affligé l'Eglise depuis l'origine du christianisme.

Le même principe d'indépendance produisit dans le siècle dernier une secte philosophique, qui ne prit point de dénomination particulière, mais que l'on peut nommer la secte des Incrédules. Elle se rattache au christianisme, parce que, tout en jouissant de ses bienfaits et de ses lumières, elle avait pour but avoué de le combattre, de l'anéantir et de ramener les hommes à un prétendu culte de la raison et de la vertu, en dehors de tout symbole et de toute révélation. Le règne de cette école impie a passé, mais elle a été remplacée par d'autres erreurs, entre lesquelles on remarque la doctrine du sensualisme ou la glorification des sens et des passions, l'école phalanstérienne, celle du communisme et du socialisme, qui toutes procèdent d'un libéralisme illimité.

Nous croyons devoir faire suivre ce rapide exposé de la statistique religieuse du globe; il serait fort important d'avoir sur ce sujet un travail exact, et nous espérons que, d'ici à peu d'années, on pourra obtenir des données à peu près certaines. En attendant, nous allons reproduire ici les évaluations des principaux statisticiens du siècle actuel, après lesquelles nous hasarderons la nôtre. On comprend qu'il ne peut être ici question que des religions principales.

[Tableau statistique]

On voit par ce simple aperçu que le christianisme est la plus étendue de toutes les religions de la terre; le bouddhisme seul pourrait lui opposer un nombre d'adhérents à peu près égal, peut-être même supérieur; mais ce dernier système est loin d'avoir l'universalité requise pour la vraie religion, puisqu'il ne dépasse pas les bornes de l'Asie orientale.


Nous voudrions pouvoir ajouter que ces 260 millions de chrétiens appartiennent tous à la véritable Eglise de Jésus-Christ, mais une partie notable est malheureusement tombée dans le schisme et l'hérésie. L'Eglise latine compte 139, 000,000 d'adhérents ; les Eglises orientales 62,000,000 ; et les communions protestantes 59,000,000. Le catholicisme l'emporte donc encore de beaucoup sur les autres sectes chrétiennes ; il faut encore y ajouter plusieurs communions orientales unies à l'Eglise romaine.